Le cours d’ouverture : la carte des leviers, avant les modules SMA, SEO et SEA
Au sommaire, 11 sections
- Ce que ce cours couvre, et ce qu’il ne couvre pas
- Le problème par lequel tout commence
- 1. Où va réellement l’argent
- 2. La carte des leviers
- 3. Payé, gagné, possédé, et la vraie place du SEO
- 4. Le vocabulaire de la mesure
- 5. La chaîne de décision
- Synthèse
- Glossaire français, anglais
- Pour la séance suivante
- Sources
Ce que ce cours couvre, et ce qu’il ne couvre pas
Il couvre la carte du terrain : où va l’argent de la publicité en ligne, quels leviers existent, comment ils se distinguent, avec quel vocabulaire on mesure leurs résultats, et dans quel ordre se prennent les décisions.
Il ne couvre aucune technique. Vous ne paramétrerez pas de campagne aujourd’hui, vous n’écrirez pas d’annonce, vous ne toucherez à aucune interface. Cela commence la semaine prochaine, en SMA.
Ce cours existe pour une raison précise : sans cette carte, les modules suivants ressemblent à une suite de recettes sans logique. Avec elle, chaque technique se range à sa place.
Le problème par lequel tout commence
Vous entrez chez un annonceur au mois de septembre. La direction vous confie 50 000 euros et vous demande de faire connaître un nouveau produit avant la fin de l’année. Personne ne vous dit comment.
La tentation est immédiate : ouvrir un compte publicitaire, créer une campagne, lancer. C’est ce que fait la majorité des débutants, et c’est ce qui produit les campagnes qui dépensent sans résultat.
Le problème n’est pas technique. Il est en amont. Tant que vous ne savez pas ce que vous cherchez à obtenir, auprès de qui, et à quel prix vous acceptez de l’obtenir, aucun choix de plateforme n’a de sens. Une campagne Meta et une campagne Google Ads peuvent servir le même produit et poursuivre des objectifs incompatibles.
Ce cours vous donne l’ordre dans lequel ces questions se posent. Cet ordre est aussi celui du référentiel, et il sera celui de votre épreuve.
1. Où va réellement l’argent
Avant de choisir un levier, il faut savoir de quel marché on parle. Les ordres de grandeur qui suivent ne sont pas de la culture générale : ils servent à juger si un budget est important ou dérisoire, et si un choix de canal suit le marché ou s’en écarte.
1.1 Le marché français en chiffres
Au premier semestre 2026, le marché français de la publicité digitale a représenté 6,689 milliards d’euros, en croissance de 12 % par rapport au premier semestre 20251. Sur l’année 2025 entière, il pesait 12,4 milliards d’euros, en croissance de 11 %2.
La répartition par levier au premier semestre 2026 :
| Levier | Chiffre d’affaires | Croissance | Part du marché |
|---|---|---|---|
| Search | 2,74 Md€ | +12 % | 41 % |
| Social | 2,22 Md€ | +16 % | 33 % |
| Display | 1,25 Md€ | +10 % | 19 % |
| Affiliation, emailing, comparateurs | 481 M€ | +4 % | 7 % |
Le retail media, c’est-à-dire la publicité vendue par les distributeurs sur leurs propres sites, pèse 775 millions d’euros en croissance de 18 %. Il n’apparaît pas comme une ligne séparée dans le tableau parce qu’il se répartit entre search et display selon sa forme.
1.2 Ce que ces chiffres disent vraiment
Trois lectures, et ce sont elles qui comptent, pas les montants.
Le search domine mais le social le rattrape. Le search reste premier avec 41 % du marché, mais le social croît plus vite et représente déjà un tiers des investissements. Cette progression est portée par la vidéo, qui représente 64 % des revenus du social1. Traduction professionnelle : un plan média qui ignore la vidéo sociale en 2026 ignore le segment le plus dynamique du marché.
Les leviers historiques stagnent. L’affiliation, l’emailing et les comparateurs croissent de 4 % quand le marché croît de 12 %. Ils ne disparaissent pas, mais ils perdent du terrain relatif. Un annonceur qui concentre son budget dessus recule pendant que le marché avance.
La concentration est massive. Selon Oliver Wyman, les grandes plateformes internationales et les réseaux sociaux captent à eux seuls plus de 80 % de la croissance en valeur2. La part des acteurs européens est descendue à 17 %1. Vous travaillerez donc principalement dans les interfaces de trois ou quatre acteurs américains, et c’est une contrainte de métier, pas une opinion.
1.3 L’erreur fréquente
Retenir les montants et oublier les proportions. En entretien professionnel, personne ne vous demandera le chiffre d’affaires du display au semestre. On vous demandera si vous mettriez le budget d’un annonceur plutôt en search ou plutôt en social, et pourquoi. La réponse s’appuie sur les proportions et sur les dynamiques, pas sur les milliards.
Seconde erreur, plus subtile : croire qu’un levier qui croît vite est un levier qu’il faut choisir. Le social croît de 16 %, cela ne signifie pas que le social convient à votre annonceur. Cela signifie que le marché y va. Ce sont deux questions différentes, et la deuxième se tranche avec les critères de la partie 5.
À retenir. Search 41 %, social 33 %, display 19 %, relationnel 7 %. Le social croît le plus vite, porté par la vidéo. Plus de 80 % de la croissance en valeur part chez les grandes plateformes internationales. Ce sont les proportions qu’on vous demandera, jamais les milliards.
Atelier 1, lire le marché
En binôme, à partir du tableau de la section 1.1.
Un annonceur vend des pièces détachées industrielles à d’autres entreprises. Son directeur commercial vous dit : « Le social pèse un tiers du marché et croît de 16 %, mettons-y un tiers de notre budget. »
- Quelle est l’erreur de raisonnement ? Formulez-la en une phrase.
- Quelle information vous manque pour lui répondre sérieusement ? Citez-en trois.
- Comment reformuleriez-vous sa proposition pour qu’elle devienne une vraie question ?
Restitution : deux binômes, 5 minutes.
2. La carte des leviers
Votre certification attend que vous sachiez étudier ces leviers en détail, et sans en oublier aucun : publicité sur les moteurs de recherche, publicité sur les réseaux sociaux, publicité sur les sites e-commerce, publicité vidéo et display, référencement naturel, création et animation sur les réseaux sociaux, inbound marketing3. La liste elle-même est un attendu : en citer six sur sept coûte des points, quel que soit le soin apporté aux six.
Voici cette liste rangée en une carte utilisable.
2.1 Les leviers payants
Le SEA, publicité sur les moteurs de recherche. Vous achetez une position dans les résultats de recherche pour des requêtes précises. Sa caractéristique décisive : l’internaute a exprimé une intention. Quelqu’un qui tape « drap en lin lavé 240×260 » cherche à acheter, maintenant. Vous ne créez pas le besoin, vous vous placez sur son chemin.
Le SMA, publicité sur les réseaux sociaux. Vous achetez une exposition auprès d’une audience définie par ses caractéristiques et ses comportements. Personne n’a rien demandé. Vous interrompez. En contrepartie, vous atteignez des gens qui ne vous cherchaient pas, ce que le SEA ne permet jamais.
Cette différence entre intention et interruption est la distinction la plus utile de tout ce cours. Elle commande le reste : les formats, les messages, les budgets, et surtout ce qu’on peut attendre comme résultat.
Le display. Bannières, habillages, formats graphiques sur des sites tiers. Historiquement le plus ancien levier, aujourd’hui largement automatisé par des systèmes d’achat en temps réel.
La publicité vidéo. YouTube, plateformes de streaming, vidéo sociale. Segment le plus dynamique du marché.
Le retail media. Publicité achetée directement sur les sites des distributeurs, à l’endroit exact où l’achat se décide. Croissance de 18 %, la plus forte du marché.
2.2 Les leviers non payants au clic
Le SEO, référencement naturel. Vous travaillez votre site pour apparaître dans les résultats non payants. Aucun coût par clic, mais un coût de production et un délai : les effets se mesurent en mois, pas en jours.
Le SMO, animation des réseaux sociaux. Publications non sponsorisées, communauté, contenu régulier. Même logique de temps long.
L’inbound marketing. Attirer par le contenu utile plutôt qu’interrompre par la publicité : articles, guides, livres blancs, webinaires.
2.3 Les leviers relationnels
L’emailing vers une base que vous possédez, l’affiliation où vous rémunérez des partenaires à la performance, et les comparateurs. Ensemble, 7 % du marché et une croissance de 4 %.
2.4 Le tableau de synthèse
| Levier | Logique | Délai d’effet | Coût principal | Qui décide de l’exposition |
|---|---|---|---|---|
| SEA | Intention | Immédiat | Coût par clic | L’internaute, par sa requête |
| SMA | Interruption | Immédiat | Coût par mille ou par clic | Vous, par le ciblage |
| Display | Interruption | Immédiat | Coût par mille | Vous, par le ciblage |
| Vidéo | Interruption | Immédiat | Coût par vue | Vous, par le ciblage |
| Retail media | Intention | Immédiat | Variable | L’acheteur, par sa navigation |
| SEO | Intention | Plusieurs mois | Production de contenu | L’algorithme du moteur |
| SMO | Interruption douce | Plusieurs mois | Production de contenu | L’algorithme du réseau |
| Emailing | Relation existante | Immédiat | Outil et base | Vous, par la base |
| Affiliation | Performance | Semaines | Commission | Le partenaire |
La colonne qui vous servira le plus est la dernière. Elle explique pourquoi un même message ne fonctionne pas partout : quand l’internaute décide, vous répondez à sa question ; quand vous décidez, vous devez capter une attention que personne ne vous a accordée.
L’erreur fréquente
Confondre le levier et la plateforme. YouTube n’est pas un levier, c’est une plateforme qui permet de faire de la vidéo payante, du référencement de vidéos et de la publication non sponsorisée. Instagram permet du SMA payant et du SMO gratuit. Quand le jury vous demandera de justifier un choix de levier, répondre « Instagram » ne répondra pas à la question.
À retenir. Neuf leviers, trois familles : payants, non payants au clic, relationnels. La question qui les départage n’est pas le prix, c’est de savoir qui décide de l’exposition. Quand l’internaute décide, vous répondez ; quand vous décidez, vous devez capter une attention que personne ne vous a accordée.
Atelier 2, classer et arbitrer
En groupe de trois. Pantaï, notre fil rouge, vend du linge de lit en lin, fabriqué au Portugal, vendu en ligne uniquement. Panier moyen de 180 euros. La marque existe depuis deux ans, elle est peu connue, elle vend surtout entre octobre et janvier.
- Parmi les neuf leviers du tableau, lesquels retiendriez-vous pour un budget de 50 000 euros sur quatre mois ? Retenez-en trois, pas plus.
- Pour chacun, écrivez en une phrase ce qu’il apporte que les deux autres n’apportent pas.
- Citez un levier que vous écartez et dites pourquoi, en une phrase.
Consigne : vous devez écarter, pas seulement choisir. Un plan média qui garde tout est un plan média qui n’a rien décidé.
Restitution : 10 minutes, comparaison des choix entre groupes.
3. Payé, gagné, possédé, et la vraie place du SEO
3.1 Le modèle des trois médias
Un classement plus ancien que les leviers, et plus solide, parce qu’il ne dépend pas des plateformes du moment.
Le média payé est celui que vous achetez : SEA, SMA, display, vidéo. Vous contrôlez le message et le calendrier. Vous arrêtez de payer, l’exposition s’arrête le jour même.
Le média possédé est celui que vous détenez : votre site, votre blog, votre base d’emails, vos comptes sociaux. Vous contrôlez tout, mais vous devez construire l’audience.
Le média gagné est celui que vous ne contrôlez pas : mentions, partages, avis clients, articles de presse, résultats naturels des moteurs. C’est le plus crédible, et le seul que vous ne pouvez pas acheter directement.
L’intérêt professionnel du modèle : il permet d’expliquer à une direction pourquoi couper le budget publicitaire fait chuter le trafic immédiatement, alors que couper le budget de contenu ne se voit que six mois plus tard. Les deux sont des pertes, elles n’ont pas le même délai d’apparition.
3.2 Ce que le référentiel dit exactement du SEO
Point à connaître dès aujourd’hui, parce qu’il détermine la façon dont vous répartirez votre temps de travail cette année.
Votre certification porte sur la publicité en ligne payante. Le SEO n’y apparaît qu’une seule fois, à l’intérieur d’une liste de leviers à savoir citer et arbitrer. Aucune activité, aucune compétence et aucun critère d’évaluation ne portent sur la technique SEO elle-même3.
Vous suivrez pourtant 20 heures de SEO en janvier et février. C’est un apport de l’établissement, professionnellement justifié : personne ne recrute un responsable marketing digital incapable de dire ce qu’est une balise title. Mais ce n’est pas ce que la certification évalue.
Ce que la certification évalue, c’est votre capacité à situer le SEO parmi les leviers et à justifier son arbitrage face au SEA. La question d’examen ne sera jamais « comment optimiser une balise title ». Elle sera « pourquoi consacrer une part du budget au SEO plutôt qu’au SEA sur ce cas, et à partir de quand cela devient rentable ».
Conséquence pratique : en janvier, travaillez le SEO pour le métier. Pour l’examen, ce qui compte est la section 3.3 ci-dessous.
3.3 L’arbitrage SEO contre SEA, tel qu’il se défend
L’argument sérieux ne porte ni sur le prix ni sur la technique. Il porte sur trois variables.
Le délai. Le SEA produit du trafic le jour du lancement. Le SEO produit ses effets après plusieurs mois. Un annonceur qui lance un produit dans six semaines ne peut pas compter sur le SEO pour ce lancement, quelle que soit la qualité du travail.
La durée de vie. Une campagne SEA arrêtée cesse de produire immédiatement. Une page bien positionnée continue d’attirer sans dépense supplémentaire. Le SEA est une location, le SEO est un investissement.
Le volume et la concurrence. Sur une requête très concurrentielle, atteindre les premières positions naturelles peut demander des années. Sur une requête de niche, quelques semaines suffisent parfois. L’arbitrage se fait requête par requête, pas levier par levier.
La formulation qui tient devant un jury ressemble à ceci : « Sur cette campagne de lancement à trois mois, nous plaçons l’essentiel en SEA parce que le SEO ne produira pas d’effet dans la fenêtre de temps. Nous engageons en parallèle un travail SEO sur les requêtes de niche, qui prendra le relais à partir du deuxième trimestre et réduira notre dépendance au coût par clic. »
Vous remarquerez que cette phrase ne dit pas qu’un levier est meilleur. Elle dit ce que chacun fait, quand, et à quel prix. C’est ce qu’on attend de vous.
À retenir. Le SEO est marginal dans cette certification : une seule occurrence, comme levier à arbitrer. Ce qui est évalué, c’est l’arbitrage argumenté face au SEA, sur trois variables : le délai, la durée de vie de l’effet, le niveau de concurrence de la requête. Jamais la technique.
Atelier 3, l’arbitrage
Individuellement, 12 minutes, puis 8 minutes de mise en commun.
Pantaï lance une nouvelle gamme le 15 novembre. Nous sommes le 1er septembre. Le directeur vous dit : « Le SEA coûte cher, faisons plutôt du SEO, c’est gratuit. »
Rédigez votre réponse en quatre à six phrases, comme si vous la disiez en réunion. Elle doit contenir : ce qui est juste dans son raisonnement, ce qui ne l’est pas, ce que vous proposez, et à quelle échéance.
Contrainte : interdiction d’écrire que le SEO est gratuit ou que le SEA est meilleur. Les deux affirmations sont fausses.
4. Le vocabulaire de la mesure
Vous ne pouvez pas arbitrer sans mesurer, et vous ne pouvez pas mesurer sans un vocabulaire commun. Les indicateurs ci-dessous sont ceux que le référentiel nomme au titre du pilotage de la performance3. Ils reviendront dans tous les modules.
4.1 Les indicateurs d’exposition
L’impression : une diffusion de votre publicité. Elle ne dit rien de l’attention.
La portée, ou reach : le nombre de personnes distinctes touchées. Deux mille impressions auprès de deux cents personnes, c’est une portée de deux cents et une répétition de dix.
Le CPM, coût pour mille impressions. L’unité du média payé à l’exposition.
4.2 Les indicateurs d’intérêt
Le clic, et le CTR, taux de clic : clics divisés par impressions, en pourcentage. Un CTR se compare toujours à sa moyenne de plateforme et de secteur, jamais dans l’absolu.
Le CPC, coût par clic. En SEA, c’est le prix de l’attention d’un internaute qui vous cherchait.
4.3 Les indicateurs de résultat
La conversion : l’action que vous vouliez obtenir. Achat, devis, inscription, appel. Elle se définit avant la campagne, jamais après.
Le taux de conversion : conversions divisées par visites.
Le CPA, coût par acquisition : dépense totale divisée par nombre de conversions. C’est l’indicateur qui décide de la poursuite ou de l’arrêt d’une campagne.
Le ROAS, return on ad spend : chiffre d’affaires attribué divisé par dépense publicitaire. C’est le chiffre que la régie vous affiche. Il s’exprime en ratio, 4:1 par exemple. Il ignore complètement vos coûts de production, de livraison et de structure.
Le ROI, retour sur investissement : (marge attribuée moins dépense publicitaire) divisé par dépense publicitaire. Il s’exprime en pourcentage. C’est le seul des deux qui dise si vous avez gagné de l’argent.
Convention retenue dans ce cours, et à annoncer en soutenance : le ROI se calcule sur la marge brute attribuée à la campagne, et le dénominateur est la seule dépense publicitaire, hors salaires et hors outils. C’est la convention la plus courante en agence. Elle n’est pas la seule : ce qui compte est de dire laquelle vous employez, parce que deux ROI calculés autrement ne se comparent pas.
Une précision que le jury apprécie : la marge attribuée n’est pas le profit incrémental. Une partie de ces commandes aurait peut-être eu lieu sans la campagne. Le mesurer demande un test d’incrémentalité, que vous n’aurez pas en projet d’école : dites-le plutôt que de faire comme si.
4.4 La chaîne complète, sur un exemple
Pantaï dépense 5 000 euros en SEA sur un mois.
| Étape | Valeur | Calcul |
|---|---|---|
| Impressions | 400 000 | |
| Clics | 8 000 | CTR = 8 000 / 400 000 = 2 % |
| Coût par clic | 0,63 € | 5 000 / 8 000 |
| Visites converties | 160 | Taux de conversion = 160 / 8 000 = 2 % |
| Coût par acquisition | 31,25 € | 5 000 / 160 |
| Panier moyen | 180 € | |
| Chiffre d’affaires généré | 28 800 € | 160 × 180 |
Sur ces chiffres, la campagne rapporte 28 800 euros pour 5 000 dépensés. Elle paraît excellente.
C’est le ROAS : 28 800 / 5 000 = 5,76, soit 5,76:1. C’est le chiffre que la régie affiche, et il est juste. Il ne dit simplement pas ce qu’on croit qu’il dit.
Le chiffre d’affaires n’est pas la marge. Avec 40 % de marge brute, la campagne génère 11 520 euros de marge. Il faut en retirer les 5 000 euros dépensés :
| Calcul | Résultat | |
|---|---|---|
| ROAS | 28 800 / 5 000 | 5,76:1 |
| Marge attribuée | 28 800 × 40 % | 11 520 € |
| Gain net | 11 520 − 5 000 | 6 520 € |
| ROI | 6 520 / 5 000 | 130 % |
Les deux chiffres décrivent la même campagne. Le premier impressionne, le second décide. Et si la marge avait été de 15 % au lieu de 40 %, la marge attribuée tomberait à 4 320 euros : gain net négatif de 680 euros, pour un ROAS toujours affiché à 5,76:1.
C’est l’erreur la plus fréquente du métier, et le jury la cherche : présenter un ROAS en l’appelant ROI, et le commenter comme un gain. Un annonceur qui vend à perte peut afficher un excellent retour apparent.
4.5 Le seuil qui décide
Une question suffit à trancher la plupart des arbitrages : combien puis-je payer une acquisition sans perdre d’argent ?
Pour Pantaï, avec 180 euros de panier et 40 % de marge, chaque commande rapporte 72 euros de marge brute. Le coût d’acquisition maximal se situe donc à 72 euros, avant frais de livraison, frais de paiement et retours. En pratique, il faudra rester nettement en dessous.
Cette question se pose avant la campagne. Elle transforme « le CPC est-il cher ? », qui n’a pas de réponse, en « ce CPC me permet-il de rester sous mon coût d’acquisition cible ? », qui en a une.
À retenir. Le coût par clic ne décide de rien, le coût par acquisition décide de tout. Le ROAS se calcule sur le chiffre d’affaires et c’est ce que la régie affiche ; le ROI se calcule sur la marge, dépense déduite, et c’est lui qui dit si vous gagnez de l’argent. Annoncez toujours laquelle des deux conventions vous employez. Le coût d’acquisition maximal se calcule avant la campagne, à partir de la marge par commande.
Atelier 4, calculer et interpréter
En binôme, 15 minutes de calcul, 10 minutes de restitution.
Pantaï teste deux campagnes sur un mois, avec 3 000 euros chacune.
| Campagne A, SEA | Campagne B, SMA | |
|---|---|---|
| Impressions | 180 000 | 950 000 |
| Clics | 5 400 | 9 500 |
| Commandes | 108 | 76 |
- Calculez pour chaque campagne : CTR, coût par clic, taux de conversion, coût par acquisition.
- Laquelle recommandez-vous de poursuivre ? Justifiez en deux phrases.
- La marge brute est de 40 % et le panier moyen de 180 euros. Les deux campagnes sont-elles rentables ?
- Question de discussion : la campagne au meilleur coût d’acquisition est-elle nécessairement celle qu’il faut renforcer ? Dans quel cas garderiez-vous l’autre ?
La question 4 est celle qui compte. Elle n’a pas de réponse unique, et c’est exactement le type de raisonnement que le jury évalue.
5. La chaîne de décision
Tout ce qui précède se range dans un ordre. Cet ordre est celui du référentiel et celui de votre épreuve.
1. L’objectif. Que cherche-t-on à obtenir ? Trois familles seulement : la notoriété, la considération, la conversion3. Elles ne s’évaluent pas avec les mêmes indicateurs et ne s’achètent pas au même prix.
2. La cible. Auprès de qui ? Le référentiel exige un persona non discriminant et inclusif3. Ce n’est pas une précaution de langage, c’est un critère d’évaluation : un persona qui décrit systématiquement une personne jeune, urbaine, valide et cadre est un persona qui rate le critère.
3. Le budget et le seuil. Combien, et quel coût d’acquisition maximal ?
4. Les leviers. Lesquels, et pourquoi ceux-là plutôt que les autres ?
5. Les plateformes et les formats. Le référentiel demande de tenir compte des contraintes techniques et de l’impact carbone des formats3. Une vidéo lourde diffusée massivement n’a pas le même coût environnemental qu’un format statique.
6. La mesure. Quels indicateurs, à quelle fréquence, et quel écart déclenche une correction ?
Les étapes 1 à 3 se traitent avant d’ouvrir la moindre interface. C’est la réponse au problème posé en ouverture de ce cours.
Les objectifs SMARTE
Le sigle SMART est courant. Votre référentiel en exige une version à six lettres3 :
Le E est propre à cette certification et il figure dans les critères. Un objectif écologiquement responsable se traduit concrètement : privilégier des formats moins lourds à performance équivalente, éviter la surdiffusion, arbitrer un plan média sur son empreinte autant que sur son coût.
Exemple d’objectif mal formulé : « augmenter la notoriété de Pantaï ».
Le même, formulé SMARTE : « porter la notoriété assistée de Pantaï de 4 % à 7 % auprès des femmes de 30 à 55 ans équipées en literie haut de gamme, entre le 1er octobre et le 31 décembre 2026, avec un plan média privilégiant les formats statiques et la vidéo courte afin de limiter l’empreinte de diffusion ».
La seconde formulation est longue. C’est normal : elle contient six informations.
À retenir. Objectif, cible, budget et seuil, leviers, plateformes et formats, mesure. Les trois premières étapes se traitent avant d’ouvrir la moindre interface. Le E de SMARTE et le persona inclusif ne sont pas des précautions de langage : ce sont des critères d’évaluation de votre certification.
Atelier 5, la chaîne complète (20 min si le temps le permet)
En groupe de trois, reprenez le cas Pantaï et rédigez les trois premières étapes de la chaîne : un objectif SMARTE complet, une cible décrite en cinq lignes et respectant l’exigence d’inclusion, un budget assorti d’un coût d’acquisition maximal calculé.
Conservez ce livrable. Il est repris en SMA séance 2, celle du ciblage : la cible que vous décrivez ici en cinq lignes de français devra y être traduite en audiences Meta, et c’est ce passage qui est difficile. Si cet atelier n’a pas pu se tenir faute de temps, rédigez-le seul avant cette séance : une demi-heure suffit, et arriver sans objectif ni cible vous fera regarder les autres travailler.
Synthèse
À retenir, et cette section suffit comme fiche de révision.
Le marché. 6,689 milliards d’euros au premier semestre 2026, en croissance de 12 %. Search 41 %, social 33 %, display 19 %, leviers relationnels 7 %. Le social croît le plus vite, porté par la vidéo. Plus de 80 % de la croissance en valeur va aux grandes plateformes internationales.
La distinction fondamentale. Intention contre interruption. Le SEA capte une demande exprimée, le SMA crée une exposition auprès de gens qui ne demandaient rien. Tout le reste en découle.
Les trois médias. Payé, possédé, gagné. Le payé s’arrête le jour où l’on cesse de payer, le possédé et le gagné se construisent lentement et durent.
Le SEO dans cette certification. Une seule occurrence, comme levier à citer et arbitrer. Utile professionnellement, marginal pour l’examen. Ce qui est évalué, c’est l’arbitrage argumenté face au SEA, sur trois variables : délai, durée de vie, concurrence.
La mesure. Impression, portée, CPM, clic, CTR, CPC, conversion, taux de conversion, CPA, ROAS, ROI. Le CPA décide de la poursuite d’une campagne. Le ROAS rapporte le chiffre d’affaires à la dépense, le ROI rapporte la marge nette de dépense à la dépense : ne jamais appeler le premier du nom du second.
La chaîne de décision. Objectif, cible, budget et seuil, leviers, plateformes et formats, mesure. Les trois premières étapes précèdent toute interface.
Les quatre exigences transversales du référentiel. Objectifs SMARTE avec le E d’écologiquement responsable, anglais professionnel, accessibilité et inclusion, impact environnemental des formats. Elles reviennent dans les critères de presque toutes les compétences.
Glossaire français, anglais
Vous en aurez besoin : le brief d’examen peut être intégralement en anglais.
| Français | Anglais |
|---|---|
| Notoriété | Awareness, brand awareness |
| Considération | Consideration |
| Conversion | Conversion |
| Portée | Reach |
| Impression | Impression |
| Taux de clic | Click-through rate, CTR |
| Coût par clic | Cost per click, CPC |
| Coût pour mille | Cost per mille, CPM |
| Coût par acquisition | Cost per acquisition, CPA |
| Retour sur investissement | Return on investment, ROI |
| Ciblage | Targeting |
| Audience | Audience |
| Enchère | Bid, bidding |
| Budget quotidien | Daily budget |
| Panier moyen | Average order value, AOV |
| Tunnel de conversion | Conversion funnel |
| Référencement naturel | Search engine optimization, SEO |
| Publicité sur les moteurs | Search engine advertising, SEA, paid search |
| Publicité sur les réseaux sociaux | Paid social, social advertising |
| Régie publicitaire | Ad network, media sales house |
| Annonceur | Advertiser |
| Marque | Brand |
| Notoriété assistée | Aided awareness |
| Notoriété spontanée | Unaided awareness, top of mind |
Pour la séance suivante
Première séance de SMA. Apportez le livrable de l’atelier 5, nous partirons de là.
Sources
Sources vérifiées le 10 août 2026. Le cas Pantaï est une entreprise fictive : le nom a été vérifié comme ne correspondant à aucune société existante identifiable dans le secteur du linge de maison à cette date. Ses chiffres sont plausibles mais inventés, et ne doivent jamais être cités comme des données de marché réelles.
Notes
- SRI et UDECAM, 36e Observatoire de l’e-pub, étude réalisée par Oliver Wyman, publiée le 9 juillet 2026, résultats du premier semestre 2026. https://www.sri-france.org/observatoire-epub/36eme-observatoire-de-le-pub/ (consulté le 10 août 2026). Revenir au texte
- SRI et UDECAM, 35e Observatoire de l’e-pub, étude réalisée par Oliver Wyman, résultats de l’année 2025. https://www.sri-france.org/observatoire-epub/35eme-observatoire-de-le-pub/ (consulté le 10 août 2026). Revenir au texte
- France Compétences, fiche RNCP 39250, Responsable marketing digital et publicité en ligne, enregistrée le 27 juin 2024. https://www.francecompetences.fr/recherche/rncp/39250/ (consulté le 10 août 2026). Le détail des critères d’évaluation figure dans le référentiel remis à l’établissement par l’organisme certificateur : il ne se diffuse pas, et ce cours le reformule sans jamais le citer. Revenir au texte
À lire aussi sur le site
- Les indicateurs du SEO et du SEA : de quoi mettre des chiffres sur les leviers passés en revue ici.
