Les cinq composants, les exemples, et ce que fait vraiment un rôle
Au sommaire, 8 sections
Où nous en sommes
Quatre mois se sont écoulés. C’est la plus longue interruption de tout le module, et elle a été voulue : ce que vous avez vu en octobre était conceptuel, et le conceptuel résiste mieux qu’une procédure.
La première partie de la séance sert à vérifier que c’est vrai. Quarante-cinq minutes, dont une partie sur poste : vos sites ont quatre mois de retard, et certains ne répondront plus.
Ensuite, on entre dans la partie la plus directement utile du module. Vous savez ce qu’est un modèle de langage, ce qu’il coûte, et pourquoi il produit du vraisemblable. Vous allez maintenant apprendre à lui parler, ce qui n’est ni intuitif ni naturel, et ce qui sépare ceux qui obtiennent quelque chose d’utilisable de ceux qui abandonnent au bout de trois essais.
Ce que vous saurez à la fin de cette séance
- Écrire une consigne complète, avec les cinq composants qui la font tenir
- Savoir quand montrer un exemple vaut mieux que décrire une attente
- Employer un rôle pour ce qu’il fait, et cesser d’en attendre ce qu’il ne fait pas
- Constituer une bibliothèque de consignes réutilisables, avec sa fiche d’emploi
- Reconnaître, dans une consigne qui échoue, lequel des cinq composants manque
Reprise active
Six questions, cahiers fermés
- Que veut dire « apprendre », pour une machine ?
- Qu’est-ce qu’un jeton, et pourquoi cela vous concerne ?
- Qu’est-ce que la fenêtre de contexte, et que se passe-t-il quand elle est pleine ?
- Pourquoi deux réponses à la même question diffèrent-elles ?
- Citez trois des six critères qui tiennent pour comparer deux outils.
- Quelles sont les quatre propriétés qui n’ont pas bougé depuis le début ?
Ces six questions ne sont pas un contrôle. Elles servent à savoir, avant de commencer, ce qu’il faut reposer. Ce qui ne revient pas est repris à l’oral, tout de suite.
Remise en route des environnements
Sur poste. Quatre mois de retard, ce n’est pas rien.
| # | Contrôle | Ce que vous cherchez |
|---|---|---|
| 1 | Le site répond-il ? | Une page blanche, une erreur, un service arrêté |
| 2 | Les mises à jour | Combien en attente, noyau, extensions, thème |
| 3 | Le contenu | Retrouvez-vous ce que vous aviez publié |
| 4 | Vos accès | Le mot de passe d’administration, si vous vous en souvenez |
Le quatrième est celui qui bloque le plus de monde, et il n’y a pas de honte : quatre mois sans se connecter suffisent. La procédure de récupération existe, elle passe par l’adresse de courriel du compte, et il faut donc que cette adresse soit encore accessible.
Ce qui vous attend d’ici la fin de l’année
Le module reprend avec une charge inégale : deux journées maintenant, trois en avril, puis un mois très dense en fin d’année, où tombent le projet et sa soutenance.
Ce qui compte à retenir dès aujourd’hui : les productions du dernier bloc alimenteront votre projet. Les contenus, les visuels et le calendrier éditorial que vous produirez ne sont pas des exercices isolés, et le cahier des charges du projet vous sera remis avant son lancement officiel, pour que vous puissiez commencer à y penser.
1. Une consigne n’est pas une question
1.1 Ce que la plupart des gens font
Ils posent une question, comme à un moteur de recherche : « écris-moi un article sur le référencement ». Puis ils jugent le résultat décevant, et ils concluent que l’outil est surestimé.
Le résultat est effectivement décevant, et il ne pouvait pas être autre chose. La consigne ne dit ni pour qui, ni pour quoi faire, ni sous quelle forme, ni ce qui rendrait le résultat bon. Le modèle a comblé tous ces vides par ce qui est le plus fréquent dans ce qu’il a vu, c’est-à-dire par de la moyenne.
1.2 Le bon modèle mental
Une consigne n’est pas une question posée à quelqu’un qui sait. C’est une spécification remise à quelqu’un de compétent, rapide, et qui ne connaît rien à votre contexte.
Ce modèle mental est le plus utile de toute la séquence, parce qu’il donne immédiatement le bon réflexe : ce que vous écririez à un prestataire qui commence lundi, vous devez l’écrire ici. Ni plus, ni moins.
1.3 Ce qui ne sert à rien
Trois habitudes coûtent du temps sans rien apporter, et il vaut mieux s’en défaire tout de suite.
La politesse. Elle ne dégrade rien, elle n’apporte rien. Écrivez comme vous voulez, mais ne croyez pas que cela améliore la réponse.
Les formules d’insistance. « C’est très important », « fais bien attention ». Ce qui compte, c’est de dire quoi faire attention à quoi.
Les consignes contradictoires accumulées. « Sois exhaustif mais concis. » Il faut choisir, et si vous ne choisissez pas, le modèle choisira pour vous.
À retenir. Ce qui améliore une réponse, ce n’est jamais l’insistance : c’est la précision et le contexte. Une consigne deux fois plus longue parce qu’elle donne deux fois plus de contexte utile produit un résultat très différent. Une consigne deux fois plus longue parce qu’elle insiste ne change rien.
2. L’instruction directe : les cinq composants
C’est la technique de base, celle où l’on décrit la tâche sans montrer d’exemple. Elle couvre la grande majorité des usages professionnels.
2.1 Les cinq composants
Une consigne complète en porte cinq. Il en manque presque toujours au moins deux.
| Composant | La question à laquelle il répond | Ce qui se passe s’il manque |
|---|---|---|
| La tâche | Que dois-tu faire, en un verbe précis ? | Le résultat est à côté |
| Le contexte | Pour qui, dans quelle situation, pour quoi faire ? | Le résultat est générique |
| Le format | Sous quelle forme, quelle longueur, quelle structure ? | Il faut tout remettre en forme |
| Les contraintes | Ce qu’il ne faut pas faire, ce qu’il faut respecter | Le résultat est inutilisable en l’état |
| Le critère de réussite | À quoi verra-t-on que c’est bon ? | Vous ne pouvez pas juger, ni faire corriger |
Le cinquième est celui que presque personne n’écrit, et c’est le plus utile. Il vous force à savoir ce que vous voulez avant de le demander, ce qui est exactement l’effort que l’on évite en posant une question vague.
2.2 Le verbe de la tâche décide de tout
« Parle de », « fais un truc sur », « aide-moi avec » ne sont pas des tâches. Ce sont des directions.
Les verbes qui fonctionnent nomment une opération : rédiger, résumer, reformuler, classer, comparer, extraire, traduire, corriger, décliner, hiérarchiser. Chacun décrit une transformation précise, et le résultat s’en ressent immédiatement.
2.3 Le contexte : ce qu’il faut donner, et ce qui est inutile
À donner, toujours : pour qui c’est écrit, à quel moment de la relation, et ce que la personne doit faire ensuite. Ces trois éléments changent tout le contenu produit.
Inutile : votre histoire d’entreprise, votre chiffre d’affaires, votre organigramme. Sauf s’ils changent le contenu, auquel cas ce ne sont plus des détails.
Le test : si je retire cette phrase, la réponse change-t-elle ? Si non, elle coûte des jetons et n’apporte rien.
2.4 Le format s’écrit, il ne se devine pas
Une longueur en nombre de mots ou de signes. Une structure, section par section. Un exemple de ce à quoi doit ressembler la sortie, même approximatif.
Sans format écrit, vous obtiendrez la forme la plus fréquente sur internet pour ce type de demande, ce qui explique pourquoi tant de textes produits se ressemblent : ils ont tous été demandés sans format.
Atelier 1, réécrire une consigne qui échoue
En binôme. Vingt minutes de travail, dix de mise en commun.
Voici une consigne réelle, du genre que l’on écrit tous au début :
« Écris un article de blog sur les avantages du marketing par courriel. »
- Testez-la telle quelle, et gardez le résultat.
- Diagnostiquez : lequel des cinq composants manque ? Nommez-les tous.
- Réécrivez-la en ajoutant les cinq composants, pour une entreprise que vous connaissez.
- Testez la nouvelle version, et gardez le résultat.
- Comparez les deux sorties et écrivez, en trois lignes, ce qui a changé et pourquoi.
Le point 2 se fait avant la réécriture, et à l’écrit. Diagnostiquer puis corriger n’est pas la même chose que réécrire au jugé, et c’est le diagnostic qui se transporte à toutes vos consignes futures.
Version courte : points 1, 3 et 5.
3. Les exemples : montrer plutôt que décrire
3.1 Quand un exemple bat une description
Certaines attentes se décrivent mal et se montrent bien. Le ton, la structure d’une fiche produit, la façon de formuler un objet de courriel, le niveau de détail attendu.
Dans ces cas, deux ou trois exemples de ce que vous voulez valent trois paragraphes d’explications, et le résultat est nettement plus proche.
3.2 Comment s’en servir
Donnez deux à cinq exemples, courts, dans le format exact attendu. Puis la nouvelle entrée à traiter.
Trois règles qui font la différence :
- Des exemples cohérents entre eux. S’ils ne suivent pas la même règle, le modèle en déduira une règle moyenne, et elle n’existe pas.
- Des exemples représentatifs, pas seulement faciles. Incluez un cas limite : c’est lui qui enseigne réellement la règle.
- Des exemples exacts. Ils seront imités, défauts compris. Un exemple bâclé produit des sorties bâclées, très fidèlement.
3.3 Ce que les exemples ne font pas
Ils transmettent une forme, pas une connaissance.
Montrer trois fiches produit bien écrites apprend à en écrire une quatrième dans le même style. Cela n’apprend rien sur le produit dont on parle, et les caractéristiques inventées le seront avec le même aplomb, dans le même joli format.
C’est la limite à connaître, parce qu’elle se voit mal : plus la forme est bonne, moins on vérifie le fond.
3.4 Le cas particulier du classement
C’est l’usage où les exemples sont les plus efficaces, et il est très fréquent en marketing : trier des avis clients, classer des demandes entrantes, qualifier des messages.
Donnez huit à dix exemples classés à la main, incluant les cas ambigus, et vous obtiendrez un classement utilisable. C’est un travail d’une heure qui remplace ensuite des journées.
4. Le rôle : ce qu’il fait vraiment
4.1 Ce que tout le monde en attend
« Tu es un expert du référencement avec quinze ans d’expérience. » L’idée sous-jacente est que le modèle deviendrait meilleur en la matière.
Ce n’est pas ce qui se passe. Le modèle ne gagne aucune compétence : il n’en a ni plus ni moins qu’avant la phrase.
4.2 Ce qu’il fait réellement, et c’est utile
Il oriente le registre et le vocabulaire. Un rôle d’expert produit un vocabulaire de spécialiste, des références de métier, un niveau de détail plus technique. Un rôle de vulgarisateur produit l’inverse.
C’est un réglage de style, et c’est réel. Ce n’est pas un réglage de compétence, et ce n’est pas rien : sur un contenu destiné à un public précis, le registre fait la moitié du travail.
4.3 Ce qui marche mieux qu’un rôle
Décrire le lecteur plutôt que l’auteur.
« Écris pour un dirigeant de PME qui n’a pas de service marketing et qui doit décider en dix minutes » produit un bien meilleur résultat que « tu es un consultant senior ». La raison est simple : la première phrase contient une contrainte vérifiable, la seconde une posture.
Le piège. Un rôle ne rend jamais un chiffre juste. « Tu es expert-comptable » ne fait pas que les calculs deviennent bons : le modèle rédige, il ne calcule pas. C’est la confusion la plus coûteuse de tout le prompt engineering, et elle se produit précisément là où le résultat a l’air le plus professionnel.
4.4 Combiner les trois techniques
Elles ne s’opposent pas, elles se cumulent, et l’ordre habituel est le suivant : le rôle ou la description du lecteur d’abord, l’instruction complète ensuite, les exemples à la fin, juste avant la nouvelle entrée.
Ce n’est pas une règle absolue. C’est un ordre de lecture qui fonctionne, et qui a l’avantage de placer ce qui doit être imité au plus près de ce qu’il faut produire.
Atelier 2, votre bibliothèque de consignes
Sur poste, individuellement. Vingt-cinq minutes de travail, quinze de mise en commun.
Une consigne qui marche et qu’on ne garde pas est du temps perdu deux fois. Vous allez commencer une bibliothèque, et vous la compléterez toute l’année.
Écrivez trois consignes réutilisables pour une entreprise que vous connaissez. Chacune avec sa fiche :
| Ce que porte la fiche | Pourquoi |
|---|---|
| Le nom de la consigne | Pour la retrouver dans six mois |
| Quand l’employer | La situation exacte, pas le thème |
| Ce qu’elle attend en entrée | Ce que vous devez avoir sous la main avant |
| La consigne elle-même | Complète, avec les cinq composants |
| Comment vérifier la sortie | Deux ou trois points à contrôler avant d’employer le résultat |
Trois consignes utiles à choisir, si vous hésitez : une qui décline un contenu existant en plusieurs formats, une qui classe ou qualifie des entrées, une qui produit une première version d’un contenu récurrent.
La dernière ligne de la fiche est celle qui manque partout. Sans elle, votre bibliothèque sera employée par des collègues qui ne sauront pas ce qu’ils doivent vérifier.
Version courte : deux consignes au lieu de trois, fiches complètes.
Pour ceux qui vont vite : faites tester une de vos consignes par votre voisin, sans lui expliquer. Ce qu’il ne comprend pas est ce qui manque à votre fiche.
Ce qui vient à la séance suivante
La séance suivante s’ouvre sur la fin du niveau 1, puis porte un travail noté d’une heure : des consignes marketing. Il est individuel, sur poste, et il porte sur ce qui a été vu aujourd’hui.
Les critères sont annoncés maintenant, et ils ne changeront pas :
| Ce qui est évalué | Ce qu’on attend |
|---|---|
| La complétude | Les cinq composants présents, et identifiables |
| La précision de la tâche | Un verbe d’opération, pas une direction |
| Le contexte utile | Ce qui change la sortie, et rien d’autre |
| Le critère de réussite | Écrit, et vérifiable par un tiers |
| Le diagnostic | Devant une consigne qui échoue, nommer ce qui manque |
Le dernier critère est celui qui départage : produire une bonne consigne s’apprend, diagnostiquer celle d’un autre demande d’avoir compris le modèle.
À apporter : votre bibliothèque de l’atelier 2. Elle vous servira, et vous aurez le droit de vous en servir.
Sources
Les seuils employés dans cette séance, deux à cinq exemples, huit à dix exemples pour un classement, sont des ordres de grandeur de pratique et non des règles issues d’une source. Séance vérifiée le 28 août 2026.



