Organiser ses fichiers, et savoir ce qu’on a le droit de publier
Au sommaire, 7 sections
Pourquoi cette séance existe
Vous savez déposer une image et la décrire. Cette séance traite deux questions que personne ne vous posera avant qu’il ne soit trop tard : d’où vient cette image, et avez-vous le droit de l’utiliser ?
C’est un sujet de responsable marketing, pas de technicien. Le développeur ne choisit pas les visuels. L’agence ne vérifie pas vos sources. Le stagiaire qui a trouvé une belle photographie sur un moteur de recherche ne sait pas ce qu’il engage. Celui qui répondra à la mise en demeure, c’est vous.
Deuxième question de la séance, moins spectaculaire mais quotidienne : une médiathèque est un actif de l’entreprise, et elle se gère comme tel. Mille fichiers sans nom ni classement représentent un travail perdu, pas un patrimoine.
Ce que vous saurez à la fin de cette séance
- Organiser une médiathèque pour qu’elle reste exploitable au bout de trois ans
- Reconnaître les trois régimes d’usage d’une image et ce que chacun vous autorise
- Identifier les situations où le droit à l’image des personnes s’applique
- Construire votre propre procédure de contrôle avant publication
1. La médiathèque est un actif, pas un dépotoir
1.1 Ce qui s’y accumule sans que personne ne le voie
La médiathèque d’un site actif grossit de plusieurs centaines de fichiers par an. Trois catégories s’y accumulent et personne ne les distingue jamais.
Les fichiers utilisés, présents dans un contenu publié. Les fichiers orphelins, téléversés puis jamais insérés, ou dont le contenu a été supprimé depuis. Les doublons, la même image déposée trois fois par trois personnes différentes, sous trois noms illisibles.
Sur un site de trois ans sans gouvernance, la proportion d’orphelins et de doublons dépasse fréquemment la moitié des fichiers. Le coût n’est pas seulement le stockage : c’est le temps que quelqu’un passe à chercher, et la sauvegarde qui devient trop lourde pour être testée.
1.2 Les quatre champs, et ce qu’ils font vraiment
Quand vous sélectionnez un fichier dans la médiathèque, WordPress propose quatre champs de texte. Ils ne servent pas à la même chose et l’un d’eux ne sert presque à rien.
| Champ | Qui le lit | À remplir |
|---|---|---|
| Texte alternatif | lecteurs d’écran, moteurs, quand l’image ne charge pas | toujours |
| Titre | l’équipe, dans la recherche de la médiathèque | oui, pour retrouver |
| Légende | le visiteur, affichée sous l’image | si le contexte l’exige |
| Description | presque personne, sur une page dédiée rarement visitée | non |
Le titre mérite une remarque, parce qu’il est mal compris. Il n’a aucun effet sur le site public dans l’usage courant : c’est un outil interne de recherche. C’est précisément ce qui le rend utile pour une équipe de plusieurs personnes, et inutile pour un site tenu par une seule.
1.3 La convention de nommage, décidée une fois
Une médiathèque se retrouve si les noms de fichiers suivent une convention, décidée avant le premier téléversement et écrite quelque part.
Une convention qui fonctionne comporte trois éléments : le sujet, le contexte, et si nécessaire une date ou un numéro de série. terrasse-hotel-bellevue-ete.jpg se retrouve. IMG_4471.jpg ne se retrouve jamais.
La règle de forme est technique et non négociable : minuscules, sans accent, sans espace, mots séparés par des tirets. Les espaces et les accents dans un nom de fichier produisent des adresses encodées illisibles, et posent des problèmes de compatibilité selon les serveurs.
La méthode. Écrivez votre convention de nommage dans un document d’une page, avec trois exemples. C’est le seul moyen qu’elle survive à votre départ et qu’un stagiaire l’applique. Une convention qui n’existe que dans la tête de celui qui l’a inventée n’est pas une convention.
Atelier 1, l’audit de votre médiathèque
Individuellement, sur votre site. Il contient peu de fichiers, ce qui rend l’exercice rapide et transposable.
- Combien de fichiers votre médiathèque contient-elle ? Combien sont réellement utilisés dans un contenu publié ?
- Combien portent un nom qui décrit leur sujet ?
- Combien ont un texte alternatif renseigné ?
- Proposez votre convention de nommage, en une ligne, avec deux exemples.
- Appliquez-la : renommez et redéposez au moins deux fichiers correctement nommés, et complétez leurs textes alternatifs.
Une observation à faire en direct : renommer un fichier déjà téléversé n’est pas possible depuis l’interface standard. C’est la raison pour laquelle la convention se décide avant, et pas après.
2. D’où viennent vos images, et à quelles conditions
2.1 Le principe par défaut, qui surprend toujours
Toute photographie, illustration ou création graphique est protégée par le droit d’auteur dès sa création, sans dépôt, sans mention, sans formalité. L’auteur détient des droits exclusifs sur sa reproduction et sa représentation1.
Conséquence pratique, et c’est le renversement à opérer : une image trouvée en ligne est protégée par défaut. L’absence de mention de copyright ne signifie rien. L’absence de filigrane ne signifie rien. Le fait qu’elle apparaisse dans les résultats d’un moteur de recherche d’images ne signifie rien : ce moteur indexe, il ne concède aucun droit.
Le contrefacteur encourt en France jusqu’à trois ans d’emprisonnement et 300 000 euros d’amende2. En pratique, les affaires se règlent presque toujours au civil, par une demande d’indemnisation dont le montant dépasse largement le prix qu’aurait coûté la licence. Certaines agences photographiques ont fait de cette recherche automatisée une activité à part entière.
2.2 Les trois régimes, et ce que chacun autorise
| Régime | Ce que vous pouvez faire | Ce qui vous est demandé |
|---|---|---|
| Image sous licence payante | l’usage prévu au contrat, et lui seul | payer, conserver la facture, respecter le périmètre |
| Image sous licence libre | dépend de la licence exacte | vérifier la licence, créditer, respecter les restrictions |
| Image que vous avez produite | tout, sauf ce que le droit des personnes limite | rien, si vous en êtes bien l’auteur |
Trois pièges, un par ligne, et ce sont eux qui produisent les litiges.
Sur la licence payante, le périmètre. Une licence se définit par un usage, un support, une durée et un territoire. Une image achetée pour une publication sur les réseaux sociaux n’est pas nécessairement autorisée sur une affiche, ni dans une campagne payante. Lisez le périmètre avant d’acheter, pas au moment du contentieux.
Sur la licence libre, la confusion entre gratuit et libre de droits. Ce ne sont pas des synonymes, et l’expression « libre de droits » en français est trompeuse : elle traduit souvent une licence payante sans redevance par usage, ce qui n’a rien à voir avec une absence de droits. Les licences Creative Commons imposent presque toutes une attribution, certaines interdisent l’usage commercial, d’autres imposent que votre propre production hérite de la même licence.
Sur vos propres images, l’auteur n’est pas toujours celui qu’on croit. Une photographie commandée à un prestataire reste sa propriété intellectuelle en l’absence de cession écrite : la facture ne vaut pas cession. C’est une clause à vérifier dans tout contrat de prestation photographique ou graphique.
2.3 Le droit à l’image des personnes, indépendant du droit d’auteur
C’est le second niveau, et il se cumule avec le premier. Vous pouvez être pleinement propriétaire d’une photographie et n’avoir pas le droit de la publier.
En France, le droit à l’image découle du droit au respect de la vie privée3. En principe, une personne reconnaissable doit avoir consenti à la diffusion de son image, par un accord écrit et précis quant à l’usage prévu, dès lors que cet usage est commercial ou public.
Des exceptions existent, notamment pour l’information d’actualité, les scènes de rue où personne n’est individualisé et certains événements publics. Elles ne vous serviront presque jamais : la communication d’entreprise n’est pas de l’information d’actualité. Retenez la règle, vérifiez le contexte avant de vous croire dans l’exception.
Trois situations que votre pratique rencontrera :
Les photographies de salon ou d’événement. Vos visiteurs, vos clients, les passants sont identifiables. Un panneau à l’entrée mentionnant que des photographies sont prises ne remplace pas un consentement individuel pour un usage publicitaire ciblé.
Les photographies d’équipe. Un salarié consent à la publication de son portrait sur le site de l’entreprise. Ce consentement ne survit pas automatiquement à son départ : la demande de retrait est légitime et doit être traitée.
Les mineurs. Le consentement des deux titulaires de l’autorité parentale est requis. C’est le point sur lequel une structure accueillant du public se met le plus fréquemment en difficulté.
2.4 Les images produites par intelligence artificielle
Vous étudierez la génération d’images en fin d’année. Deux points sont à poser dès maintenant, parce qu’ils relèvent de la gouvernance et pas de la technique.
Le statut juridique d’une image entièrement générée par une machine reste discuté, et les règles varient selon les pays. Ce qui est certain, en revanche, c’est que les conditions d’utilisation de chaque outil définissent ce que vous pouvez en faire commercialement, et qu’elles diffèrent d’un outil à l’autre. Elles se lisent avant de bâtir une campagne dessus.
Second point, opérationnel : rien ne garantit qu’une image générée ne reproduise pas des éléments protégés, un style identifiable ou un visage ressemblant. La vérification reste de votre côté.
À retenir. Trois questions avant toute publication d’un visuel : d’où vient-il, quelle licence l’accompagne, et une personne identifiable y figure-t-elle ? Une image trouvée en ligne est protégée par défaut. Une facture de prestation ne vaut pas cession de droits. Et un consentement de personne se recueille par écrit, avant.
Atelier 2, votre procédure de contrôle
En binôme. Vous rédigez la procédure que suivra toute personne publiant un visuel sur le site de votre entreprise d’accueil, vous compris.
Attendu, une page maximum :
- La liste des sources d’images autorisées dans votre entreprise, et celles qui sont proscrites.
- Les contrôles à passer avant publication, sous forme de cases à cocher, six au maximum.
- Ce qui doit être conservé, où, et par qui : facture, licence, autorisation de personne.
- La conduite à tenir en cas de doute, et qui décide.
- Le cas particulier des visuels fournis par un partenaire ou un client.
Contrainte : votre procédure doit être applicable par quelqu’un qui n’a suivi aucun cours de droit. Si une case à cocher demande une interprétation juridique, elle est mal écrite.
3. L’image à la une : la vitrine que vous ne voyez pas
L’image à la une est le visuel associé à un contenu, distinct des images insérées dans son corps. Elle est utilisée dans les listes d’articles, et surtout par les réseaux sociaux et les messageries lorsqu’un lien est partagé.
C’est ce dernier point qui la rend importante et qui explique un phénomène que vous avez tous constaté : un lien partagé qui affiche un aperçu vide, ou l’image d’un autre article. La cause est presque toujours une image à la une manquante, ou de dimensions inadaptées.
Trois conséquences pratiques :
- Un contenu destiné à être partagé a toujours une image à la une, définie explicitement.
- Ses proportions comptent : un visuel très vertical sera recadré par les plateformes, souvent au pire endroit.
- Les plateformes conservent en mémoire le premier aperçu qu’elles ont vu d’une adresse. Corriger l’image après le premier partage ne suffit pas toujours : il faut demander à la plateforme de relire la page, ce que leurs outils de débogage permettent.
Votre publication la plus visible n’est donc pas votre page : c’est l’aperçu de votre page dans le fil de quelqu’un d’autre.
Synthèse
La médiathèque. Un actif qui se dégrade sans gouvernance : orphelins, doublons, noms illisibles. Une convention de nommage écrite, décidée avant le premier téléversement. Texte alternatif toujours, titre pour retrouver, légende si le contexte l’exige.
Le droit d’auteur. Toute image est protégée par défaut, sans formalité. Gratuit et libre de droits ne sont pas synonymes. Une facture de prestation ne vaut pas cession.
Le droit à l’image. Il se cumule avec le droit d’auteur et concerne toute personne identifiable. Consentement écrit, révocable, et vigilance particulière pour les mineurs.
L’image à la une. C’est elle qui est vue en premier, dans le fil de quelqu’un d’autre. Toujours définie, aux bonnes proportions.
Pour la séance suivante
Complétez le texte alternatif de tous les fichiers de votre médiathèque, et définissez une image à la une sur chacun de vos contenus. Vingt minutes.
Posez à votre tuteur les deux questions suivantes, dont nous parlerons : d’où viennent les images du site de l’entreprise, et existe-t-il un endroit où les licences et autorisations sont conservées ?
Sources
Notes
- Code de la propriété intellectuelle, article L111-1 : l’auteur d’une œuvre de l’esprit jouit sur cette œuvre, du seul fait de sa création, d’un droit de propriété incorporelle exclusif et opposable à tous. Source primaire :
legifrance.gouv.fr. Vérifié le 11 août 2026. Revenir au texte - Code de la propriété intellectuelle, article L335-2 : la contrefaçon est punie de trois ans d’emprisonnement et de 300 000 euros d’amende, portés à sept ans et 750 000 euros en bande organisée. Source primaire :
legifrance.gouv.fr, version en vigueur consultée. Vérifié le 11 août 2026. Revenir au texte - Code civil, article 9 : « Chacun a droit au respect de sa vie privée. Les juges peuvent, sans préjudice de la réparation du dommage subi, prescrire toutes mesures, telles que séquestre, saisie et autres, propres à empêcher ou faire cesser une atteinte à l’intimité de la vie privée. » Le droit à l’image est une construction jurisprudentielle fondée sur ce texte. Source primaire :
legifrance.gouv.fr. Vérifié le 11 août 2026. Revenir au texte



