WordPress, séance 6 : les menus de navigation

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Comment on décide de ce que les visiteurs trouvent

Au sommaire, 7 sections

Pourquoi cette séance existe

Le menu est l’élément le plus regardé d’un site et le moins travaillé. Il se fabrique en général en dix minutes, à la fin du projet, en recopiant la liste des pages existantes.

C’est une erreur de méthode, et elle a un coût mesurable. Un visiteur qui ne trouve pas en deux essais ne cherche pas une troisième fois : il repart. Vous ne le saurez jamais, parce qu’un visiteur perdu ne remplit pas de formulaire de contact pour vous signaler qu’il n’a rien trouvé.

Cette séance traite le menu pour ce qu’il est : une décision d’architecture de l’information, prise à partir de ce que cherchent vos visiteurs, et non à partir de ce que contient votre site.

Ce que vous saurez à la fin de cette séance

  • Pourquoi un menu n’est pas un plan du site, et ce que cela change dans sa conception
  • Écrire des libellés dans les mots du visiteur, et reconnaître ceux qui sont écrits dans les vôtres
  • Conduire un tri par cartes, la méthode qui produit une arborescence à partir des utilisateurs
  • Construire les menus dans WordPress, en tenant compte du mobile et de l’accessibilité

1. Un menu n’est pas un plan du site

1.1 Deux objets, deux fonctions

Le plan du site est exhaustif : il liste tout, et il sert à celui qui sait déjà ce qu’il cherche.

Le menu est sélectif : il propose les quelques chemins que la majorité des visiteurs emprunte, et il sert à celui qui ne sait pas encore où aller. Ce sont deux objets différents, et l’erreur la plus commune consiste à faire du premier le second.

Le symptôme est facile à reconnaître : un menu dont les entrées suivent exactement l’ordre de création des pages, ou qui contient une entrée par service de l’entreprise.

1.2 Ce que le menu doit refléter

Un menu se construit à partir de trois questions, dans cet ordre.

Qui vient sur ce site ? Rarement un seul public. Un cabinet de conseil reçoit des prospects, des candidats et des journalistes. Ces trois publics ne cherchent pas la même chose et ne devraient pas suivre le même chemin.

Que cherche chacun d’eux en priorité ? Deux ou trois choses, pas quinze. Le prospect cherche à savoir ce que vous faites et si vous l’avez déjà fait pour quelqu’un comme lui. Le candidat cherche vos offres et à quoi ressemble le travail chez vous.

Quelle action voulez-vous qu’ils fassent ? C’est ce qui distingue un menu marketing d’un simple sommaire. Une entrée de menu peut être une action, pas seulement une destination.

1.3 Le mythe des sept entrées

Vous entendrez, souvent, qu’un menu ne doit pas dépasser sept entrées, en référence à un travail de psychologie cognitive des années cinquante sur les limites de la mémoire immédiate1.

La règle est répétée partout et son fondement est fragile. Le travail cité porte sur le nombre d’éléments qu’une personne peut retenir en mémoire de travail, pas sur le nombre d’options qu’elle peut examiner dans une liste visible en permanence. Un menu ne se mémorise pas : il se lit. La contrainte n’est donc pas la mémoire, c’est le temps de balayage et la clarté des libellés.

Ce qui reste vrai, et qui suffit largement : plus il y a d’entrées, plus chacune reçoit d’attention en moins, et plus l’arbitrage est reporté sur le visiteur. Un menu de douze entrées bien nommées, distinctes et hiérarchisées peut fonctionner. Un menu de cinq entrées vagues ne fonctionnera jamais.

Retenez surtout la façon de raisonner : une règle chiffrée héritée, dont personne ne cite la source, mérite toujours d’être vérifiée avant d’être opposée à quelqu’un en réunion. Vous en rencontrerez beaucoup dans ce métier.

À retenir. Un menu n’est pas un sommaire du site, c’est une sélection de parcours. Il se construit à partir des publics et de ce qu’ils cherchent, jamais à partir de la liste des pages existantes ni de l’organigramme. Aucune règle chiffrée ne remplace ce raisonnement.


2. Les libellés : vos mots ou les leurs

2.1 Le vocabulaire interne, invisible de l’intérieur

C’est le défaut le plus répandu et le plus difficile à voir soi-même, parce que le vocabulaire d’une entreprise devient transparent pour ceux qui y travaillent.

Libellé écrit dans vos motsLibellé écrit dans les leurs
Notre offre globaleCe que nous faisons
Pôle accompagnementSe faire accompagner
Espace ressourcesGuides et documentation
Nos réalisationsIls nous ont fait confiance
Rejoignez-nousNos offres d’emploi

La dernière ligne mérite un commentaire, parce qu’elle piège tout le monde. « Rejoignez-nous » est ambigu : le visiteur ne sait pas s’il s’agit d’emploi, de partenariat ou d’une lettre d’information. Un libellé ambigu ne se rattrape pas par le contenu de la page : le visiteur ne clique pas, donc il ne voit jamais la page.

2.2 Trois critères pour un bon libellé

Il est prévisible. Le visiteur doit pouvoir dire, avant de cliquer, ce qu’il va trouver. C’est le critère principal.

Il est distinct des autres. « Services », « Prestations » et « Solutions » dans le même menu sont trois mots pour la même chose, et le visiteur doit deviner votre logique interne pour choisir.

Il est court. Un à trois mots. Au-delà, il ne tient pas sur mobile et il devient difficile à balayer.

2.3 Ce que vous ne saurez pas sans mesurer

Un libellé se teste. Trois moyens, du moins au plus coûteux.

Le premier, gratuit : demander à cinq personnes extérieures à votre entreprise où elles cliqueraient pour accomplir une tâche donnée. Cinq personnes suffisent à révéler les problèmes majeurs.

Le deuxième : regarder ce que les visiteurs cherchent réellement dans le moteur de recherche interne du site, quand il existe. Les requêtes internes sont la liste de ce que votre navigation ne donne pas.

Le troisième : les statistiques de clics sur les entrées de menu, qui montrent les entrées mortes. Une entrée qui ne reçoit jamais de clic est soit mal nommée, soit inutile, et il faut trancher entre les deux avant de la retirer.

Atelier 1, le tri par cartes

En groupes de trois. Le tri par cartes est la méthode standard pour construire une arborescence à partir des utilisateurs plutôt que depuis un bureau. Vous allez la conduire en version courte.

Préparation, 5 minutes. Chaque groupe écrit sur des papiers séparés le nom de quinze à vingt contenus du site de l’une de vos entreprises d’accueil. Un contenu par papier, formulé comme le visiteur le nommerait, pas comme l’entreprise le nomme.

Tri, 15 minutes. Un membre du groupe joue le visiteur type, choisi et décrit à voix haute avant de commencer : qui il est, pourquoi il vient. Il regroupe les papiers par familles, en expliquant ce qu’il fait. Les deux autres observent, notent les hésitations, et n’interviennent pas. Cette dernière consigne est la plus difficile à tenir et la plus importante.

Nommage, 10 minutes. Le groupe nomme chaque famille. C’est ici que naissent vos entrées de menu. Une famille difficile à nommer signale presque toujours un regroupement forcé.

Restitution attendue : votre menu principal, cinq à sept entrées, plus la liste des contenus qui n’ont trouvé aucune famille.


3. Construire les menus dans WordPress

3.1 Un site a plusieurs menus, et ce n’est pas un détail

WordPress permet de créer plusieurs menus et de les affecter à des emplacements différents, définis par le thème. Trois emplacements existent presque toujours, et ils ne servent pas au même public.

Le menu principal, en tête de page : les parcours principaux, ceux de la majorité.

Le menu de pied de page : ce qui est nécessaire mais rarement cherché, et ce qui est obligatoire. Mentions légales, politique de confidentialité, contact, plan du site. Une entrée peu demandée n’a pas à encombrer le menu principal, mais elle doit rester accessible.

Le menu secondaire, quand le thème le propose : parcours d’un public minoritaire mais stratégique, comme un espace client ou un site en anglais.

Le pied de page a une utilité que les débutants sous-estiment : il rend visibles les obligations légales sans polluer la navigation principale. Il n’est pas la corbeille du menu.

3.2 La profondeur

WordPress accepte des menus à plusieurs niveaux. Deux niveaux couvrent l’immense majorité des besoins.

Le troisième niveau pose un problème pratique, indépendant de tout débat théorique : sur mobile, il devient difficile à manipuler, et à la souris il exige de maintenir un survol précis sur deux niveaux successifs. Si vous avez besoin d’un troisième niveau, c’est en général que le deuxième mélange des choses différentes.

Une entrée de menu peut aussi ne pointer vers rien : elle sert alors d’en-tête de groupe. C’est utile, mais elle ne doit pas être cliquable dans le vide, ce qui produit une page blanche et une déception.

3.3 Le mobile n’est pas une version dégradée

Plus de la moitié des visites se font sur téléphone, où le menu est presque toujours replié derrière une icône à trois barres.

Trois conséquences que votre travail doit intégrer :

  • Le menu replié est moins utilisé que le menu déployé d’un écran d’ordinateur. Ce qui compte vraiment doit exister ailleurs que dans le menu : dans la page, en bouton visible.
  • Les libellés longs sont coupés ou passent à la ligne.
  • Un sous-menu de troisième niveau devient pénible à atteindre.

Testez toujours votre menu sur téléphone avant de le déclarer fini. Pas en réduisant la fenêtre de votre ordinateur : sur un vrai téléphone, avec un vrai pouce.

3.4 L’accessibilité de la navigation

Un menu doit être utilisable au clavier seul, sans souris. C’est une exigence d’accessibilité, et c’est aussi ce dont dépendent certains outils automatiques.

Trois vérifications simples, réalisables en une minute :

  • La touche de tabulation permet-elle de parcourir toutes les entrées, dans un ordre logique ?
  • L’entrée survolée est-elle visiblement signalée, avec un contraste suffisant ?
  • Les sous-menus s’ouvrent-ils au clavier, ou seulement au survol de la souris ?

Un thème sérieux gère ces trois points. Beaucoup de thèmes gratuits ne gèrent que le premier. C’est un critère de choix de thème, à poser avant l’achat et pas après.

Atelier 2, votre menu

Individuellement, sur votre site.

  1. Créez votre menu principal à partir des familles nommées à l’atelier 1, et affectez-le à l’emplacement principal.
  2. Créez un menu de pied de page contenant au minimum les mentions légales et le contact.
  3. Ajoutez un niveau de sous-entrées sous une entrée du menu principal.
  4. Vérifiez le rendu sur mobile, puis parcourez votre menu à la touche de tabulation, sans souris.

Notez ce qui ne fonctionne pas : nous partirons de là à la séance suivante, qui traite les zones de widgets et le pied de page.


Synthèse

Le menu n’est pas le plan du site. Le plan est exhaustif et sert à qui sait ce qu’il cherche ; le menu est sélectif et sert à qui ne le sait pas encore.

Il se construit sur trois questions : qui vient, que cherche chacun en priorité, quelle action attendez-vous. Jamais sur la liste des pages ni sur l’organigramme.

Les libellés se lisent avec les mots du visiteur. Prévisibles, distincts, courts. Un libellé ambigu ne se rattrape pas par le contenu de la page, puisque le visiteur ne clique pas.

La règle des sept entrées est un héritage mal transposé. Ce qui reste vrai est plus simple : chaque entrée ajoutée dilue les autres. Vérifiez les règles chiffrées avant de les opposer à quelqu’un.

Le mobile et le clavier ne sont pas des cas particuliers. Plus de la moitié des visites, et une exigence d’accessibilité qui se vérifie en une minute.


Pour la séance suivante

Faites passer votre menu à trois personnes extérieures à votre formation. Donnez-leur une tâche précise, par exemple « trouvez comment nous contacter pour un devis », et regardez sans rien dire. Notez où elles hésitent.

Trois personnes suffisent à révéler l’essentiel. La consigne difficile est de ne pas les aider.


Sources

Notes

  • George A. Miller, « The Magical Number Seven, Plus or Minus Two: Some Limits on our Capacity for Processing Information », Psychological Review, vol. 63, n° 2, 1956, p. 81-97. L’article porte sur les limites de la mémoire immédiate et du jugement absolu, non sur la conception de menus de navigation, pour laquelle il est couramment invoqué à tort. Vérifié le 11 août 2026. Revenir au texte

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