Vos cas, vos erreurs, le cadre en profondeur, et le livrable
Au sommaire, 9 sections
Où nous en sommes
La séance 1 a eu lieu il y a près de quatre mois. Entre les deux, vous avez passé quatre jours sur cinq en entreprise, et vous avez utilisé ces outils. En vrai, sur des tâches réelles, sans que personne ne relise.
Cette séance n’est donc pas une découverte du cadre. C’est un rattrapage du réel.
En août, on vous a demandé trois choses pour aujourd’hui : utiliser l’outil au moins une fois par semaine sur une tâche réelle et alimenter la bibliothèque de prompts, noter les erreurs constatées, et demander à votre tuteur si l’entreprise dispose d’une charte d’usage de l’IA.
Ces trois choses sont la matière de la journée. Ce que vous avez rapporté vaut plus que ce que je pourrais vous apporter.
Ce que vous saurez faire en fin de séance
- Distinguer ce que l’IA fait bien parce qu’on lui a donné la matière, de ce qu’elle rate parce qu’on ne lui a rien donné
- Analyser une hallucination réelle : ce qui l’a produite, ce qui aurait dû l’attraper
- Dire ce que votre entreprise engage quand un salarié colle un fichier client dans un outil grand public
- Répondre à la question de la propriété de ce qui sort, sans inventer
- Produire un livrable qui applique l’IA à une situation commerciale, avec son analyse critique
Reprise : trois minutes, pas plus
Deux questions seulement, parce que le fond de la séance 1 n’est pas à réviser : il est à utiliser.
- Produire et transformer : quelle est la différence, et laquelle marche le mieux ?
- En une phrase : que vaut une réponse dont on ne peut pas vérifier la source ?
Puis on passe immédiatement à ce que vous avez rapporté.
1. Ce que vous avez rapporté
1.1 La charte, ou son absence
La question posée à votre tuteur : l’entreprise a-t-elle une charte d’usage de l’IA ?
Trois réponses possibles, et les trois sont intéressantes.
« Non, il n’y en a pas. » C’est le cas le plus fréquent. Ce n’est pas un manquement de l’entreprise : la plupart n’en ont pas encore, et beaucoup ne savent pas qu’il en faudrait une. Vous êtes bien placé pour le signaler, et c’est une contribution réelle d’alternant.
« Oui, il y en a une. » Question suivante : l’avez-vous lue ? Dans la majorité des cas, la réponse est non, y compris pour les salariés en poste. Une charte que personne n’a lue produit exactement les mêmes effets qu’une charte inexistante.
« On n’a pas le droit d’utiliser ces outils. » Cela existe, souvent dans les entreprises qui traitent des données sensibles. La bonne question devient alors : est-ce que c’est respecté ? Et la réponse honnête est presque toujours nuancée.
1.2 Vos cas d’usage réels
Chacun a utilisé l’outil pendant quatre mois. Ce qu’on regarde ensemble n’est pas la liste des usages, c’est ce qui les sépare.
| Ce qui a bien marché | Ce qui a mal marché |
|---|---|
| Vous aviez fourni la matière : un compte rendu, une fiche produit, un échange de courriels | Vous avez demandé de produire à partir de rien |
| Vous vouliez transformer : résumer, reformuler, traduire, structurer | Vous vouliez une information que vous n’aviez pas |
| Vous saviez juger le résultat | Vous ne pouviez pas juger le résultat |
La troisième ligne est la plus importante et c’est celle qu’on découvre tard. Une tâche dont vous ne savez pas juger le résultat n’est pas une tâche à déléguer, ni à une machine ni à personne.
1.3 Le cas des données commerciales
Un point revient dans presque toutes les promotions : quelqu’un a collé une liste de clients, un fichier de prospection ou un contrat dans un outil grand public.
Ce n’est pas une faute morale, et personne n’est là pour se justifier. C’est une situation à connaître, parce qu’elle engage l’entreprise et non le salarié.
Ce qui se passe concrètement. Les données saisies dans un outil grand public peuvent être conservées, traitées hors de l’Union européenne, et selon les conditions du service, servir à améliorer le produit. L’entreprise devient responsable d’un transfert qu’elle n’a ni décidé ni documenté.
La parade, et elle est simple. Anonymiser avant de coller : remplacer les noms, les raisons sociales et les coordonnées par des marqueurs. Un fichier anonymisé donne exactement le même résultat sur une tâche d’analyse ou de rédaction, puisque l’outil ne travaille pas sur les identités.
Atelier 1, l’autopsie d’une hallucination
En binôme, sur vos cas. Si personne n’en a rapporté, l’atelier 1 de la séance 1 fournit une réserve, mais vos cas passent d’abord.
- Choisissez une erreur que l’outil a produite pendant ces quatre mois, et que vous avez repérée.
- Reconstituez la demande : qu’aviez-vous demandé exactement, et qu’aviez-vous fourni comme matière ?
- Qualifiez l’erreur : un fait inventé, une source inexistante, un chiffre faux, une conclusion qui ne découle pas ?
- Qu’est-ce qui l’aurait attrapée ? Une vérification, laquelle, et combien de temps elle prend.
- Écrivez la règle que vous en tirez, en une phrase, pour votre bibliothèque de prompts.
Le point 2 est celui qui apprend le plus. Dans la grande majorité des cas, l’erreur vient d’une demande qui exigeait une information que l’outil n’avait pas.
Version courte : points 1, 3 et 5.
2. Le cadre, cette fois en profondeur
En août, on a posé le minimum vital : les trois règles de confidentialité, les obligations de transparence du règlement européen entrées en application le 2 août 2026, et la règle qui résume tout, « vous restez responsable de tout ce qui sort de votre nom ».
Aujourd’hui, trois questions qui demandent du temps et un cas.
2.1 Ce que l’entreprise engage
Le règlement général sur la protection des données s’applique dès qu’il y a des données personnelles, et un fichier de prospection en contient par définition : des noms, des fonctions, des adresses professionnelles.
Trois obligations qui concernent directement un commercial.
La finalité. Les données ont été collectées pour un usage annoncé. Les traiter dans un outil tiers pour une autre finalité sort de ce cadre.
Le transfert. Envoyer des données hors de l’Union européenne suppose un cadre juridique. Coller un fichier dans un service dont on ignore où sont les serveurs, c’est un transfert non documenté.
La sous-traitance. Un fournisseur est sous-traitant au sens du règlement lorsqu’il traite des données personnelles pour le compte de votre entreprise, et ce rôle suppose un contrat. Les trois conditions comptent : des données personnelles, un traitement, et le fait qu’il ait lieu pour votre compte et non pour les finalités propres de l’éditeur. Le prix du compte ne tranche rien à lui seul : il faut regarder les rôles, les finalités et le contrat. En pratique, une version professionnelle vient avec ce contrat, un compte gratuit personnel presque jamais, et c’est là que la distinction se voit.
À retenir. La question à poser dans l’entreprise n’est pas « a-t-on le droit ? », mais « avec quel compte, et sur quelles données ? ». Un compte professionnel sur des données anonymisées ne pose presque aucun problème. Un compte personnel sur un fichier client en pose plusieurs à la fois.
2.2 Ce que le règlement européen impose à qui déploie
Le règlement européen sur l’intelligence artificielle est entré en application par étapes, et les premières obligations de transparence s’appliquent depuis le 2 août 2026.
Ce qui concerne une entreprise qui met un agent conversationnel sur son site : l’utilisateur doit savoir qu’il parle à une machine. Ce n’est pas une recommandation d’usage, c’est une obligation, et elle est simple à respecter.
Ce qui concerne un contenu généré : selon le contexte, sa nature doit être signalée. Les pratiques se stabilisent encore, et la règle prudente est celle du bon sens professionnel : ne jamais laisser croire qu’un contenu produit par une machine a été écrit par une personne, quand cela change la décision du lecteur.
2.3 La propriété de ce qui sort, et pourquoi c’est compliqué
C’est la question qui vient toujours, et elle n’a pas de réponse simple. Ce qu’on peut dire honnêtement :
Ce que disent les conditions d’utilisation. La plupart des fournisseurs vous cèdent les droits qu’ils peuvent céder sur les sorties. C’est contractuel, et cela vous lie à eux, pas aux tiers.
Ce que dit le droit d’auteur français. Il protège une création originale portant l’empreinte de la personnalité de son auteur. Une production entièrement automatique, sans intervention créative humaine, se rattache mal à cette définition.
Ce qui en découle en pratique. Plus votre intervention est importante, plus la situation est claire. Un texte que vous avez dirigé, retravaillé et validé n’est pas dans la même situation qu’une sortie brute publiée telle quelle.
Ce qu’il ne faut pas dire. Ni « c’est à moi, c’est écrit dans les conditions », ni « rien n’est protégé ». Les deux sont faux, et le second est le plus dangereux dans une négociation.
Atelier 2, la note de cadrage pour votre entreprise
Individuellement. Une page, pas plus, et elle est vraiment destinée à être lue.
- L’état des lieux : ce que l’entreprise fait aujourd’hui, à votre connaissance. Deux phrases.
- Trois règles, écrites en langage d’entreprise et non en langage juridique.
- Ce qui est interdit sans discussion, avec la raison. Une ligne chacun, trois maximum.
- Qui décide en cas de doute. Une personne, une fonction, pas « la direction ».
- La phrase d’ouverture que vous diriez à votre tuteur en lui remettant cette note.
Le point 5 est celui qui décide si la note sera lue. Une note remise sans phrase est une note classée.
Version courte : points 2, 3 et 4.
3. La bibliothèque de prompts, reprise
Le document collectif ouvert en août est inscrit pour reprise aujourd’hui. Il se complète, il ne se refait pas.
Trois colonnes à remplir ensemble, à partir de ce que la promotion a éprouvé.
| Ce qu’on ajoute | Ce qu’on cherche |
|---|---|
| Les amorces qui ont tenu | Celles que vous avez réutilisées plus de trois fois |
| Celles qui ne tenaient pas | Et pourquoi : quel élément manquait |
| Celles qui manquaient | Les tâches pour lesquelles vous n’aviez rien |
La règle qui y est déjà écrite et qui se rappelle : aucune donnée personnelle ni confidentielle n’y figure, y compris dans les exemples. Un prompt d’exemple avec un vrai nom de client est un prompt à réécrire.
4. Le livrable de fin de module
C’est l’attendu du profil de formation, et il se lit mot à mot : un livrable d’atelier appliquant l’IA à une situation commerciale, avec analyse critique, vérification et limites, dans un cadre d’usage responsable.
Trois choses en découlent, et la troisième est celle qu’on oublie.
Une situation commerciale, pas un exercice. Une vraie tâche, de votre entreprise ou d’un cas que vous connaissez.
Une analyse critique. Ce que vous avez vérifié, comment, et ce qui reste incertain.
Un cadre d’usage responsable. Ce que vous avez anonymisé avant de coller, et pourquoi.
4.1 La trame, remise aujourd’hui
| Partie | Ce qu’elle contient | Longueur |
|---|---|---|
| La situation | La tâche réelle, le contexte, l’enjeu | 5 lignes |
| Ce que vous avez fourni | La matière donnée à l’outil, et ce que vous avez anonymisé | 5 lignes |
| Le prompt | Tel quel, avec ses cinq composantes | Le prompt |
| La sortie | Brute, sans retouche | La sortie |
| Ce que vous avez vérifié | Quoi, comment, combien de temps | 5 lignes |
| Ce qui reste incertain | Honnêtement | 3 lignes |
| Votre version finale | Après correction | Le livrable |
4.2 Ce qui est regardé, et il n’y a pas de note
L’évaluation est formative, le certificateur ne prévoit aucune note chiffrée sur ce module, et une note serait un faux.
Deux choses sont regardées : la qualité des prompts, et l’honnêteté de l’analyse critique.
À retenir. Un livrable qui écrit « je n’ai pas pu vérifier ce chiffre » vaut mieux qu’un livrable qui n’en parle pas. La compétence évaluée n’est pas d’obtenir une sortie parfaite : c’est de savoir ce qu’on ne sait pas.
Synthèse du module
- Une IA transforme bien, elle invente mal. La matière vient de vous.
- Une tâche dont vous ne savez pas juger le résultat n’est pas une tâche à déléguer.
- Anonymiser avant de coller ne change rien au résultat, et change tout à la responsabilité.
- La question n’est pas « a-t-on le droit ? », mais « avec quel compte, et sur quelles données ? ».
- Sur la propriété de ce qui sort, ni « c’est à moi » ni « rien n’est protégé » : plus votre intervention est forte, plus la situation est claire.
- Vous restez responsable de tout ce qui sort de votre nom.
Après ce module
Le module s’arrête ici, il ne reprend pas. Trois choses qui vous serviront au-delà.
- Rendez votre livrable selon la trame, dans les délais annoncés.
- Portez la question de la charte à votre tuteur si elle est restée sans réponse. C’est une contribution d’alternant qui se remarque.
- Continuez la bibliothèque pour vous. Un prompt qui a marché se réutilise en changeant trois lignes, et c’est le seul gain durable de ces outils.
Notes
À lire aussi sur le site
- IA, guide des usages 2026 : quel modèle pour quel travail, texte, image, vidéo. Le comparatif se périme vite, revérifiez sa date avant de vous en servir.
- Détecter une écriture d’IA : ce qui trahit un texte produit par une machine, utile dans les deux sens : pour relire le vôtre, et pour voir ce que voit un correcteur.
- IA contre moteurs de recherche : où va la recherche d’information quand la réponse arrive sans lien à cliquer.

