Identification et segmentation du public cible, séance 2

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Personae, besoins et motivations d’achat

Au sommaire, 11 sections

Deux voies pour chaque atelier

Les ateliers de ce module se font au choix sur votre entreprise d’accueil, ou sur Valrogne Irrigation, l’entreprise du dossier d’entreprise (document remis en séance) qui vous est remis aujourd’hui. Les deux voies posent le même geste et sont évaluées sur les mêmes critères.

Voie A, votre entreprise : vous y êtes depuis assez longtemps pour disposer de la donnée que l’atelier demande.

Voie B, Valrogne : vous n’avez pas encore d’alternance, vous venez d’arriver, ou la donnée n’est pas accessible. Le dossier porte la matière, annexe par annexe, et chaque atelier vous dit laquelle ouvrir.

Changer de voie d’un atelier à l’autre est permis. Ce qui n’est pas permis, c’est d’inventer : un atelier fait sur une entreprise imaginée n’apprend rien, et c’est exactement ce que le jury sanctionne.

Un point de calendrier, sans ambiguïté. Le dossier de l’épreuve nationale, déposé le 1er mars 2027, porte sur votre entreprise d’accueil. Valrogne sert à apprendre le geste, pas à remplir le livrable. Si vous n’avez pas encore d’alternance, signalez-le à votre responsable de formation : c’est une question de calendrier, pas de compétence.


Où nous en sommes

Le 27 août, nous avons construit l’Ideal Customer Profile : quels comptes méritent une ressource commerciale rare. Nous en avons vu la méthode, l’exigence d’inclusion, et les limites documentées.

Un ICP décrit une organisation. Une organisation ne signe rien : ce sont des personnes qui décident, et elles ne décident pas toutes pour les mêmes raisons.

Cette séance fait le trajet du compte vers la personne. Elle achève la séquence S1 et produit le livrable attendu au syllabus, les fiches personae, qui alimenteront directement la section segmentation du public cible de votre dossier.

Ce que vous saurez faire à midi

  • Cartographier les rôles décisionnels chez un client, et savoir qui vous n’avez jamais rencontré
  • Construire un persona à partir de données collectées, en distinguant ce qui est vérifiable de ce qui est supposé
  • Analyser une motivation d’achat sans confondre ce que le client dit, ce qu’il veut et ce qui le fait signer
  • Défendre vos choix devant un jury, y compris en signalant ce que votre méthode ne permet pas

Reprise : ce que vous avez rapporté

Vous deviez rapporter trois choses de votre entreprise d’accueil : la trame ICP complétée, les réponses de votre tuteur, et l’identification des rôles décisionnels chez vos trois meilleurs clients.

Nous commençons par là, et pas par un apport. Ce que vous avez trouvé, ou ce que vous n’avez pas réussi à trouver, est la matière de la séance.

Si vous n’avez rien à rapporter, parce que vous n’avez pas encore d’entreprise ou que vous venez d’y entrer, vous suivez la voie B. L’ICP qui vous sert de point de départ est celui de l’annexe 4 du dossier d’entreprise : il a été écrit le 27 août à partir de deux entretiens, il est provisoire, et c’est exactement le statut qu’aurait le vôtre.

Trois questions, sans notes.

  1. Pourquoi un gros client n’est-il pas nécessairement un bon client ?
  2. Quelle est la différence entre un segment de marché et un ICP ?
  3. Qu’est-ce que la critique de Chapman et Milham reproche exactement aux personas ?

Et une question sur votre terrain : sur quel point votre tuteur a-t-il été le plus embarrassé ? C’est presque toujours l’endroit où l’entreprise n’a pas de réponse, et c’est donc l’endroit où votre dossier a quelque chose à apporter.


1. Une organisation ne signe pas. Des personnes signent.

1.1 Les quatre rôles

Dans une décision d’achat professionnelle, quatre rôles au minimum se distribuent, rarement sur la même personne.

RôleCe qu’il faitCe qui le préoccupe
L’utilisateurSe sert du produit au quotidienLe confort d’usage, le temps perdu, la charge de travail
Le prescripteurRecommande, sans décider ni payerSa crédibilité technique, le risque de s’être trompé
L’acheteurNégocie les conditionsLe prix, les délais, la conformité du contrat
Le décideurEngage l’entrepriseLe risque global, l’alignement avec la stratégie

À ces quatre rôles s’ajoute souvent un cinquième, plus discret et parfois décisif : celui qui peut bloquer. Le service informatique qui refuse une intégration, le service juridique qui bute sur une clause, le responsable qualité qui exige une certification. Il ne décide rien, il empêche.

1.2 Pourquoi cela change tout

Un argumentaire unique adressé aux quatre rôles échoue avec les quatre.

L’utilisateur qui entend parler de retour sur investissement s’ennuie : ce n’est pas son problème, ce n’est pas son budget. Le décideur qui entend parler d’ergonomie s’impatiente : il ne se servira jamais du produit. L’acheteur qui entend parler de qualité sans entendre un prix considère que vous esquivez.

La conséquence opérationnelle est brutale : il ne vous faut pas un persona par entreprise cible, mais un persona par rôle. C’est plus long à produire, et c’est ce qui distingue un travail de niveau 7 d’une fiche marketing.

1.3 Le trou dans la carte

Voici l’exercice qui déstabilise le plus, et qui est le plus utile.

Prenez vos trois meilleurs clients. Pour chacun, nommez la personne qui occupe chacun des quatre rôles.

La plupart d’entre vous vont buter. Beaucoup d’entreprises connaissent parfaitement leur interlocuteur habituel, souvent l’acheteur ou l’utilisateur, et n’ont jamais rencontré le décideur. Elles vendent depuis des années sans savoir qui signe réellement, ni pourquoi.

Ce trou n’est pas une lacune de votre part. C’est un constat de diagnostic, et c’est exactement le genre de constat qui a sa place dans un dossier de niveau 7. Formulé ainsi :

« L’entreprise identifie systématiquement l’utilisateur et l’acheteur, mais n’a de contact direct avec le décideur que dans deux comptes sur onze. Cette asymétrie explique la longueur des cycles de décision constatée sur les affaires supérieures à 50 000 euros, et constitue le premier levier d’action. »

Cette phrase vaut mieux qu’un persona inventé.

Atelier 1, cartographier les rôles

En autonomie, puis mise en commun par binômes. Les feuilles d’atelier, page 1, portent le tableau à remplir.

Voie A : le client de votre entreprise d’accueil que vous connaissez le mieux. Voie B : l’un des trois clients de Valrogne, racontés par leur chargé d’affaires au dossier d’entreprise, annexe 5. Prenez celui que vous voulez, ils ne se valent pas : la commune est la plus difficile, le camping la plus trompeuse.

  1. Nommez, par leur fonction et non par leur nom, qui occupe chacun des quatre rôles.
  2. Pour chaque rôle, notez ce que vous savez de sa préoccupation principale, et d’où vous le savez : observé, rapporté par un tiers, ou supposé.
  3. Identifiez le rôle sur lequel vous savez le moins.
  4. Existe-t-il un cinquième acteur qui peut bloquer ? Qui, et sur quoi ?
  5. Rédigez en trois lignes le constat de diagnostic qui découle de vos trous.

Le point 2 est le cœur de l’exercice. Distinguer ce que vous avez observé de ce que vous supposez est la discipline qui traverse tout ce module. Un dossier qui présente une supposition comme un fait perd sa crédibilité dès la première question du jury.

Si vous bloquez : un rôle peut être tenu par deux personnes, et une personne peut tenir deux rôles. Chez un camping, la gérante est souvent acheteuse et décideuse à la fois. Ce n’est pas une erreur de votre part, c’est une caractéristique du compte, et elle s’écrit.

C’est réussi si : les quatre rôles sont nommés par une fonction et non par un service entier ; chaque préoccupation porte sa marque, observé, rapporté ou supposé ; le rôle le moins connu est désigné ; et le constat des trois lignes énonce un fait, sa conséquence commerciale, et ce qu’il faudrait faire pour le combler.

Version courte : points 1, 3 et 5.


2. Le persona : ce qu’il est, ce qu’il n’est pas

2.1 Une définition qui engage

Un persona est la description d’un rôle décisionnel typique, construite à partir de données collectées, destinée à aligner une équipe sur une représentation partagée de son interlocuteur.

Trois éléments de cette définition méritent qu’on s’y arrête.

« D’un rôle », pas d’une personne. Un persona n’est pas le portrait d’un client réel, et ce n’est pas non plus un individu imaginaire. C’est l’abstraction d’un rôle observé chez plusieurs clients.

« À partir de données collectées ». Sans entretiens, sans données d’usage, sans historique, ce que vous produisez n’est pas un persona : c’est une projection de vos propres représentations. Nous y revenons.

« Destinée à aligner une équipe ». C’est sa fonction réelle, et c’est ce que la critique de Chapman et Milham2, vue en séance 1, permet de comprendre. Un persona n’est pas un instrument de preuve, c’est un instrument de coordination. Il ne démontre rien. Il permet à cinq personnes de dire « notre client » en pensant à la même chose.

2.2 La structure minimale

Un persona utile tient sur une page et comporte six blocs. La trame qui vous est remise en porte sept : le septième, les besoins et motivations, s’appuie sur la partie 3 de cette séance, que nous n’avons pas encore vue. Vous le remplirez à l’atelier 4.

BlocContenuÉcueil
Identité de rôleFonction, périmètre, ancienneté, taille de l’équipeInventer un prénom et une photo, qui n’apportent rien et donnent une fausse impression de connaissance
ContexteCe dont il répond, à qui il rend des comptes, ses contraintesConfondre le contexte de l’entreprise et le sien
ObjectifsCe qu’il cherche à obtenir, professionnellementÉcrire les objectifs de l’entreprise à sa place
Points de frictionCe qui lui coûte du temps, de l’argent ou de la tranquillitéLes déduire de votre offre plutôt que de l’observation
Critères de décisionCe sur quoi il tranche réellement, dans l’ordreRecopier les critères officiels de l’appel d’offres
SourcesD’où vient chaque informationCe bloc est presque toujours absent, et c’est le plus important
Besoins et motivationsCe qu’il demande, ce dont il a besoin, ce qui le ferait signerLe remplir avant d’avoir vu la partie 3 de cette séance, et écrire trois fois la même chose

Le bloc Sources fait la différence. Devant un jury, un persona sans sources est une opinion mise en forme. Un persona qui indique « quatre entretiens menés en septembre 2026, plus l’analyse de dix-huit comptes rendus de visite » est un travail.

2.3 Ce qui est vérifiable et ce qui ne l’est pas

Classez chaque affirmation de votre persona dans l’une de ces trois catégories, et marquez-la.

CatégorieExempleStatut
Observé« Renouvelle son parc tous les cinq ans »Vérifiable dans l’historique
Rapporté« Dit privilégier la proximité du fournisseur »Vérifiable dans un compte rendu, mais c’est un déclaratif
Supposé« Craint sans doute d’être jugé s’il change de fournisseur »Non vérifiable, et à signaler comme tel

Une hypothèse n’est pas interdite. Une hypothèse présentée comme un fait l’est.

Et il y a une raison très concrète à cette discipline : un persona non marqué se durcit. Écrit une fois, il est repris, cité, il devient la référence de l’équipe, et personne ne se souvient plus que la moitié était supposée. Trois ans plus tard, l’entreprise pilote sa stratégie sur un personnage qu’elle a inventé.

Atelier 2, votre premier persona

La fiche se remplit sur la trame persona, qui vous est remise à part. Le comptage et les questions de vérification se font sur les feuilles d’atelier, page 2.

Voie A : le rôle que vous connaissez le mieux, à partir de l’atelier 1. Voie B : le responsable des espaces verts d’une commune, à partir des extraits 1 à 6 du dossier d’entreprise, annexe 6. Ces six extraits viennent de quatre communes différentes : c’est précisément ce qui vous permet d’abstraire un rôle au lieu de portraiturer une personne.

  1. Remplissez les blocs 1 à 5 et le bloc 7, Sources, de la trame persona (document remis en séance). Le bloc 6, besoins et motivations, attend la partie 3 : vous le remplirez à l’atelier 4.
  2. Marquez chaque affirmation : observé, rapporté ou supposé.
  3. Comptez. Quelle proportion de votre persona est supposée ?
  4. Pour les deux suppositions les plus structurantes, écrivez la question qui permettrait de les vérifier, et à qui la poser.

Le point 3 provoque souvent un malaise utile. Il est fréquent d’arriver à plus de la moitié de supposé. Ce n’est pas un échec : c’est le diagnostic de départ, et le point 4 est le plan d’action qui en découle.

Si vous bloquez sur un bloc vide, en voie B, la réponse est souvent qu’elle n’est pas dans le dossier. Écrivez alors « non disponible » et passez au bloc suivant : un bloc laissé vide se remplit tout seul, quelques jours plus tard, par une supposition que plus personne ne reconnaîtra comme telle.

C’est réussi si : les six blocs du moment sont traités, Sources comprises ; chaque ligne porte sa marque ; la proportion de supposé est un chiffre, pas une impression ; les deux questions de vérification sont posables telles quelles à quelqu’un de nommé par sa fonction.


3. Besoins et motivations d’achat

Le syllabus place ici l’identification des besoins et des motivations. C’est la partie où les modèles abondent et où la rigueur manque le plus. Nous en prenons trois, et nous les traitons pour ce qu’ils valent.

3.1 La distinction qui compte le plus

Avant tout modèle, une distinction opérationnelle.

DéfinitionComment on y accède
Besoin expriméCe que le client demandeIl vous le dit
Besoin latentCe dont il a besoin sans le formulerObservation, questionnement, analyse des usages
Motivation d’achatCe qui le fait signer, maintenant, avec vousSouvent différent des deux précédents

Ces trois choses ne coïncident presque jamais.

Un client demande un devis pour remplacer une machine, parce que l’ancienne tombe en panne. Besoin exprimé : une machine. Besoin latent : réduire les arrêts de production, qui coûtent bien plus cher que la machine. Motivation d’achat réelle : ne plus avoir à s’expliquer devant sa direction au prochain arrêt.

Celui qui vend une machine perd contre celui qui vend la fin des arrêts. Et celui qui a compris la troisième ligne écrit une proposition qui parle de tranquillité et de responsabilité, pas de spécifications techniques.

3.2 SONCAS, un outil de terrain à manier avec précaution

SONCAS est l’outil le plus répandu en France pour classer les motivations d’achat4. Six leviers : sécurité, orgueil, nouveauté, confort, argent, sympathie. Une variante ajoute l’environnement, ce qui donne SONCASE.

Son intérêt est réel : il oblige à se demander ce qui motive l’interlocuteur plutôt qu’à dérouler un argumentaire unique, et il donne un vocabulaire commun à une équipe commerciale. À ce titre, il fonctionne.

Ses limites doivent être connues à votre niveau, et vous devez être capables de les énoncer.

Son origine n’est pas documentée par une source primaire vérifiable. Les mentions qui circulent, attribuant sa création à un cadre d’un organisme de formation au début des années 1990, proviennent de sites commerciaux qui se recopient les uns les autres, sans publication, sans étude, sans validation. Cela ne signifie pas que l’outil est mauvais : cela signifie qu’il n’a pas le statut d’un résultat scientifique, et qu’il ne faut pas le présenter comme tel dans un dossier de niveau 7.

Sa seconde limite est structurelle : les six leviers ne sont ni exclusifs ni exhaustifs. Un même client peut être mû par la sécurité et par l’argent, et une motivation peut n’entrer dans aucune des six cases, à commencer par les motivations politiques internes, qui sont pourtant décisives en B2B.

La formulation qui tient devant un jury : « Nous avons utilisé la grille SONCAS comme outil de structuration des entretiens, en connaissant sa nature : c’est un cadre pratique de terrain, non un modèle validé. Nous l’avons complétée par l’analyse des motivations internes, qui n’y figurent pas. »

3.3 Maslow, et pourquoi la pyramide n’existe pas

Vous connaissez tous la pyramide de Maslow. Elle est enseignée partout, y compris probablement dans d’autres modules de votre formation.

Abraham Maslow n’a jamais dessiné de pyramide.

Ce n’est pas une provocation, c’est un résultat de recherche. Bridgman, Cummings et Ballard1 ont dépouillé les archives Maslow au Center for the History of Psychology de l’université d’Akron et n’ont trouvé aucune trace d’une représentation pyramidale dans ses écrits. La pyramide apparaît en 1960, sous la plume d’un psychologue-conseil, Charles McDermid, qui simplifie la théorie pour le public des affaires. Ce sont ensuite les manuels de management qui l’ont diffusée.

L’écart n’est pas cosmétique. La pyramide impose une idée que Maslow ne soutenait pas : qu’un besoin doit être satisfait avant que le suivant n’apparaisse, et que la progression est unidirectionnelle. Or les gens poursuivent plusieurs besoins simultanément, et l’ordre varie selon les personnes et les cultures.

Ce que vous devez en retenir pour ce module, à deux niveaux.

Sur le fond : ne construisez pas un raisonnement de segmentation sur l’idée qu’une cible « n’en est pas encore » à tel niveau de besoin. C’est faux et c’est condescendant.

Sur la méthode, et c’est plus important : un outil peut être universellement enseigné et néanmoins reposer sur une lecture erronée de sa source. Un manager d’affaires de niveau 7 remonte aux sources de ce qu’il utilise. C’est précisément ce qui vous est demandé quand on attend de vous un dossier argumenté plutôt qu’un catalogue de méthodes.

3.4 Les tâches à accomplir

Nous avons introduit cette approche en séance 1 avec Christensen3. Elle se formule en une question :

Quelle tâche le client cherche-t-il à faire accomplir en achetant ce produit ?

Sa force est de faire apparaître des concurrents que la segmentation classique ne voit pas. Si la tâche est « occuper un trajet de quarante minutes », le concurrent d’un service de podcasts n’est pas un autre service de podcasts : c’est la radio, le téléphone, la somnolence.

Sa limite est symétrique de celle des personas : elle est difficile à opérationnaliser. Identifier la tâche demande un travail qualitatif sérieux, et rien ne garantit qu’on ait trouvé la bonne.

L’articulation à retenir, et elle structure votre dossier :

L’ICP dit où chercher. Le persona dit à qui parler. La tâche à accomplir dit pourquoi il achèterait.

Les trois sont nécessaires. Aucun ne remplace les autres.

Atelier 3, exprimé, latent, motivation

En binôme. Les feuilles d’atelier, page 3.

Voie A : une affaire réelle de votre entreprise d’accueil, gagnée ou perdue, sur laquelle vous avez de l’information. Voie B : l’une des trois affaires du dossier d’entreprise, annexe 7. L’affaire perdue du camping des Cigalines est la plus instructive, parce que le client y donne lui-même une explication fausse.

  1. Qu’est-ce que le client a demandé ?
  2. De quoi avait-il besoin, selon vous, et sur quoi vous appuyez-vous ?
  3. Qu’est-ce qui l’a fait signer, ou qui l’a fait renoncer ?
  4. Les trois réponses coïncident-elles ? Si non, où est l’écart ?
  5. Si l’affaire a été perdue : le concurrent a-t-il répondu à une autre ligne que vous ?

La question 5 est celle qui produit les meilleures analyses. Une affaire se perd rarement sur le prix seul, même quand le client le dit. Le prix est la raison la plus confortable à donner, pour lui comme pour vous.

Si vous bloquez sur la ligne 3, cherchez ce que la décision protégeait. Un acheteur professionnel engage rarement son budget pour gagner quelque chose : il l’engage pour ne pas perdre ce qu’il a, sa tranquillité, sa saison, sa crédibilité devant sa direction.

C’est réussi si : les trois lignes portent trois contenus différents ; l’écart est nommé et non seulement constaté ; chaque affirmation s’appuie sur un élément que vous pouvez citer, un compte rendu, un chiffre, une phrase entendue ; et l’explication donnée par le client est distinguée de celle que vous retenez.


4. Les profils types de consommateurs, versant B2C

Le syllabus mentionne explicitement la « définition des profils types de consommateurs ». La logique change quand le client est un particulier.

4.1 Ce qui change

B2BB2C
Qui décidePlusieurs rôles, souvent formalisésUne personne, parfois influencée par son entourage
Ce qui motiveRationnel affiché, politique réelÉmotionnel assumé, rationalisé après coup
CycleLong, documenté, traçableCourt, souvent impulsif
VolumePeu de comptes, bien connusBeaucoup de clients, connus statistiquement
Unité d’analyseLe compte, puis les rôlesLe segment, puis le profil type

En B2C, l’ICP perd de sa pertinence : on ne sélectionne pas des clients un par un. La segmentation reprend le premier rôle, et le profil type joue celui que le persona joue en B2B.

4.2 Le piège du profil type

Un profil type de consommateur est construit sur une moyenne. C’est sa fonction et c’est son danger.

La moyenne d’un ensemble n’a pas besoin de correspondre à un membre de cet ensemble. Un profil type « femme de 42 ans, urbaine, deux enfants, sensible au prix et à l’origine des produits » peut ne décrire personne : il décrit le centre de gravité d’un nuage qui contient des profils très différents.

Le risque concret est celui que nous avons vu en séance 1 sur l’inclusion : concevoir une offre pour un client moyen imaginaire, et rendre cette offre inadaptée à des franges entières de la clientèle réelle. Une interface conçue pour un utilisateur moyen exclut souvent les utilisateurs en situation de handicap, sans que personne ne l’ait décidé.

La parade tient en une règle : un profil type se double toujours de la mention de la dispersion. Pas « nos clients ont 42 ans », mais « la moitié de nos clients a entre 31 et 54 ans, et le quart supérieur en marge se situe plutôt au-dessus de 50 ». La seconde formulation vous donne une information exploitable. La première vous donne un personnage.

4.3 Ce que le référentiel attend ici

La compétence évaluée impose un public cible inclusif. En B2C, cela se traduit très concrètement :

  • ne pas construire les profils types sur les seuls clients actuels, ce qui reproduirait mécaniquement les exclusions existantes ;
  • vérifier qu’aucun critère apparemment neutre ne fonctionne comme un filtre discriminant, comme nous l’avons travaillé à l’atelier 4 de la séance 1 ;
  • prendre en compte explicitement les situations de handicap dans la définition de l’offre, et non comme un aménagement ajouté ensuite.

5. Le livrable de la séquence

Atelier 4, vos fiches personae

C’est le livrable formatif prévu au syllabus. Il alimentera votre dossier.

Attendu : deux fiches personae complètes, sur deux rôles décisionnels différents, plus la trame ICP consolidée.

Voie A : votre entreprise d’accueil. Voie B : Valrogne. Deux rôles s’y documentent sans rien inventer, le responsable des espaces verts d’une commune, extraits 1 à 6 de l’annexe 6, et le gérant de camping, extraits 7 à 9 de la même annexe, complétés par le récit du chargé d’affaires à l’annexe 5. L’ICP auquel les rattacher est celui de l’annexe 4.

Contraintes :

  • Les sept blocs remplis, Sources comprises, et cette fois le bloc 6, besoins et motivations, que la partie 3 vient de rendre possible
  • Chaque affirmation marquée observé, rapporté ou supposé
  • Deux rôles différents, donc deux argumentaires implicitement différents
  • Une phrase, en tête de chaque fiche, indiquant sur quelle base de collecte elle est construite
  • Aucun prénom, aucune photo, aucun trait de caractère inventé

Ce qui sera regardé : non pas la richesse de la fiche, mais l’honnêteté du marquage et la cohérence entre le persona et l’ICP construit le 27 août. Un persona qui décrit quelqu’un qui ne travaille pas dans une entreprise correspondant à votre ICP signale que l’un des deux est faux.

La liste de contrôle à passer avant de rendre est sur les feuilles d’atelier, page 4.

Version courte : une fiche complète plutôt que deux approximatives.


Synthèse

Une organisation ne signe pas. Quatre rôles au moins se partagent la décision, plus un cinquième qui peut bloquer. Il faut un persona par rôle, pas un par entreprise.

Le trou dans votre carte est un résultat. Ne pas connaître le décideur est un constat de diagnostic, et il vaut mieux qu’un persona inventé.

Un persona est un outil d’alignement, pas de preuve. Six blocs, dont le bloc Sources, et le marquage de chaque affirmation en observé, rapporté ou supposé. Une hypothèse est permise, une hypothèse déguisée en fait ne l’est pas.

Trois choses distinctes : ce que le client demande, ce dont il a besoin, ce qui le fait signer. Elles coïncident rarement.

SONCAS est un outil de terrain, utile et non validé. Son origine n’est pas documentée par une source primaire. Le dire est un signe de rigueur, pas un désaveu.

La pyramide de Maslow n’est pas de Maslow. Elle date de 1960 et impose une hiérarchie stricte que sa théorie ne soutient pas. Ce que cet exemple enseigne dépasse Maslow : un outil peut être universellement enseigné et reposer sur une lecture erronée de sa source.

L’articulation des trois outils : l’ICP dit où chercher, le persona dit à qui parler, la tâche à accomplir dit pourquoi il achèterait.

En B2C, la segmentation reprend le premier rôle et le profil type remplace le persona. Un profil type se double toujours de sa dispersion, faute de quoi il décrit un personnage qui n’existe pas.


Travail à préparer pour la séance suivante

La séquence S2 commence le 19 octobre : critères de segmentation, stratégies de ciblage, segmentation multicritères. Le livrable en sera une matrice de segmentation et de ciblage.

  1. Finalisez vos deux fiches personae et votre trame ICP consolidée. Ce sont les pièces d’entrée de S2.
  2. Récupérez, si c’est possible, la base clients de votre entreprise d’accueil, ou à défaut la liste de ses clients avec leur chiffre d’affaires et, idéalement, leur marge. Sans données, la segmentation multicritères du 19 octobre restera théorique.
  3. Demandez à votre tuteur comment l’entreprise segmente aujourd’hui son marché. Notez la réponse telle quelle, y compris si la réponse est qu’elle ne le fait pas. C’est une réponse fréquente et parfaitement exploitable.

En voie B, les trois points sont déjà dans le dossier d’entreprise, et vous n’avez rien à aller chercher : la base clients est l’annexe 2, la marge par compte y figure, et la façon dont Valrogne choisit ses affaires aujourd’hui est l’annexe 4. Apportez le dossier le 19 octobre.

Et si vous décrochez une alternance d’ici là, basculez en voie A sans hésiter, même en milieu de module : les gestes sont les mêmes, et c’est votre entreprise que le jury lira.

Rappel d’échéance : le dépôt du dossier de l’épreuve nationale « Stratégie de développement commercial » est fixé au 1er mars 2027, sans report possible. L’oral se tient entre le 1er et le 12 mars 2027 devant un jury externe agréé.


Sources

Sources vérifiées le 10 août 2026. Date et horaires de la séance vérifiés sur administratif/previsionnel-heures/2026-2027/seances-detail.csv. Découpage S1 et S2 vérifié sur le syllabus formateur du module.

Notes

  • Bridgman, T., Cummings, S., & Ballard, J. (2019). Who built Maslow’s pyramid? A history of the creation of management studies’ most famous symbol and its implications for management education. Academy of Management Learning & Education, 18, 81-98. https://doi.org/10.5465/amle.2017.0351 Revenir au texte
  • Chapman, C. N., & Milham, R. P. (2006). The personas’ new clothes: Methodological and practical arguments against a popular method. Proceedings of the Human Factors and Ergonomics Society Annual Meeting, 50(5), 634-636. https://doi.org/10.1177/154193120605000503 Revenir au texte
  • Christensen, C. M., Hall, T., Dillon, K., & Duncan, D. S. (2016). Competing Against Luck: The Story of Innovation and Customer Choice. HarperBusiness. ISBN 978-0-06-243561-3. Revenir au texte
  • Concernant SONCAS, aucune source primaire n’a pu être identifiée. Les mentions d’origine circulant en ligne proviennent de sites commerciaux se recopiant mutuellement, sans publication ni étude de validation. Cette absence est signalée aux apprenants comme un point de méthode, et non comme un rejet de l’outil. Revenir au texte

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