SEA séance 5 : les écarts, et ce qu’on en fait

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Les indicateurs qui comptent, le tableau d’écarts, l’attribution des ventes, et des recommandations qui tiennent

Au sommaire, 10 sections

Où nous en sommes

Vous savez construire une campagne et chiffrer ce qu’elle devrait produire. Reste la partie que le jury interroge le plus, et de loin : ce qui se passe quand la réalité ne ressemble pas à votre prévision.

Bonne nouvelle, et il faut la dire tout de suite : vous savez déjà faire. Le tableau d’écarts, la distinction entre un écart de volume et un écart de rendement, les familles de leviers, vous les avez construits en publicité sur les réseaux sociaux. La méthode est identique. Seuls les leviers changent de nom, et c’est l’objet de la journée.

Ce que vous saurez faire en fin de séance

  • Choisir les six indicateurs qui décident, parmi la douzaine que l’interface affiche
  • Construire un tableau d’écarts en six colonnes, dont la dernière porte l’analyse
  • Distinguer un écart de volume d’un écart de rendement, et dire pourquoi ça change tout
  • Expliquer ce que change le modèle d’attribution sur la lecture d’une performance
  • Écrire une recommandation en cinq temps, chiffrée et datée

Reprise : ce que vous n’avez pas su défendre

Vingt-cinq minutes.

Vous avez fait relire votre simulation. On remonte les questions auxquelles vous n’avez pas su répondre, et on les classe au tableau en deux colonnes.

La colonneCe qu’elle contientCe qu’on en fait
Une source manquait« d’où vient ce coût par clic ? »on la trouve, c’est mécanique
Un raisonnement manquait« pourquoi ce taux et pas un autre ? »c’est le sujet de la journée

La seconde colonne est celle qui compte. Une source se rattrape en cinq minutes ; un raisonnement absent se voit à la première relance du jury, et il ne se rattrape pas.


1. Les indicateurs qui comptent

1.1 L’interface en affiche une douzaine. Six décident.

L’indicateurCe qu’il mesureCe qu’il déclenche quand il dérive
Le taux de clicclics divisés par affichagesl’annonce est en cause
Le coût par cliccoût divisé par clicsla concurrence, ou la note de qualité
Le taux de conversionventes divisées par clicsla page, ou la qualité du trafic
Le coût d’acquisitioncoût divisé par ventesconséquence des deux précédents
Le retour sur dépensechiffre d’affaires divisé par coûtla rentabilité, tout compris
La part d’impressionsce que vous captez sur ce que vous pourriez capterle budget, ou l’enchère

1.2 Les deux qu’on oublie, et qui expliquent le reste

La part d’impressions. C’est le seul indicateur qui dit ce que vous ne captez pas. Une campagne qui semble bien tourner mais qui capte trente pour cent de ce qu’elle pourrait capter laisse les deux tiers du marché aux concurrents. Sur une requête de marque, on vise très haut : personne d’autre n’a de légitimité à y être.

Le retour sur dépense. Il rapporte le chiffre d’affaires à la dépense. C’est le seul indicateur qui parle la langue d’un dirigeant, et c’est celui qu’un jury attend d’un responsable et non d’un exécutant.

1.3 Ce qu’un ordre de grandeur vaut, et ce qu’il ne vaut pas

Vous trouverez des fourchettes sectorielles publiées : un taux de clic de trois à six pour cent sur la recherche, un taux de conversion de deux à cinq pour cent, un coût par clic de trente centimes à un euro cinquante selon le secteur.

Elles servent à une seule chose : détecter une anomalie. Un taux de clic annoncé à quinze pour cent doit vous alerter avant qu’il n’alerte le jury. Elles ne servent pas à fixer un objectif : votre objectif se fixe sur l’historique de l’annonceur, ou sur une hypothèse prudente déclarée comme telle.

Le piège. Le piège de la comparaison sectorielle. « Notre taux de clic est de 4 %, c’est dans la moyenne du secteur » ne prouve rien. La moyenne mélange des campagnes de marque à dix pour cent et des campagnes génériques à deux. Comparer une campagne à une moyenne dont on ne connaît pas la composition, c’est comparer à rien.


2. Le tableau d’écarts

2.1 Six colonnes, et la dernière porte tout le travail

L’indicateurPrévuRéaliséL’écartEn partL’analyse
Affichages200 000187 000−13 000−6,5 %notes de qualité basses sur trois mots génériques
Taux de clic4,5 %5,1 %+0,6 pt+13,3 %les titres portant un chiffre surperforment
Coût par clic0,45 €0,52 €+0,07 €+15,6 %concurrence saisonnière sur les requêtes larges
Ventes2 5002 180−320−12,8 %taux de conversion en baisse, page lente sur mobile
Coût d’acquisition15,00 €17,20 €+2,20 €+14,7 %conséquence directe de la ligne précédente

Les cinq premières colonnes sont de l’arithmétique. La sixième est le travail, et c’est la seule que le jury lit vraiment.

2.2 Deux pièges de lecture

Le point et le pourcentage ne sont pas la même chose. Un taux de clic qui passe de 4,5 % à 5,1 % gagne 0,6 point, soit 13,3 pour cent de sa valeur. Écrire « +0,6 % » est une faute, et elle se voit.

Un écart favorable mérite une analyse autant qu’un écart défavorable. Le taux de clic est meilleur que prévu : pourquoi ? Si la réponse est « les titres portant un chiffre surperforment », vous venez de trouver quoi généraliser. Un tableau qui n’analyse que les mauvaises lignes gaspille la moitié de son information.

2.3 La distinction qui change tout

Un écart de volume et un écart de rendement ne se corrigent pas de la même façon, et les confondre conduit à la mauvaise action.

Ce que ça veut direCe qu’on corrige
Écart de volumemoins d’affichages, moins de clics, moins de ventesle budget, l’enchère, la largeur des mots
Écart de rendementmême volume, mais coût par vente dégradél’annonce, la page, la qualité du trafic

Le test qui tranche en dix secondes : le coût d’acquisition a-t-il bougé ? S’il est stable et que le volume a baissé, c’est du volume. S’il a monté, c’est du rendement.

Sur le tableau du 2.1, les deux sont présents : moins d’affichages, et un coût d’acquisition en hausse. Ce sont deux problèmes distincts, et ils appellent deux actions distinctes.


Atelier 1, lire un rapport et écrire les écarts

Sur tableur, en binôme, sur le jeu de données ci-dessous. Ce sont les résultats simulés de la campagne de Pantaï après un mois, à confronter à votre simulation de la séance 4.

L’indicateurPrévu sur un moisRéalisé
Budget consommé3 300 €3 300 €
Affichages99 22971 400
Clics3 4733 120
Taux de clic3,50 %4,37 %
Coût par clic0,95 €1,06 €
Ventes6241
Taux de conversion1,80 %1,31 %
Coût d’acquisition53,23 €80,49 €
  1. Montez le tableau à six colonnes et calculez les écarts, en valeur et en part.
  2. Pour chaque ligne, écrivez l’analyse en une phrase. Une seule.
  3. Classez les écarts : volume, ou rendement ?
  4. Trouvez la ligne qui explique les autres. Il y en a une.
  5. Écrivez ce que vous auriez dit à l’annonceur à la fin de ce premier mois, en trois phrases.

Critères de réussite, annoncés avant de commencer

  • Les écarts sont exprimés en points quand il s’agit de taux, en pourcentage sinon
  • Chaque ligne porte une analyse, y compris les lignes favorables
  • Le classement volume ou rendement est fait pour chaque ligne
  • La ligne explicative est identifiée et justifiée

Version courte : les points 1, 3 et 4.


3. Qui a vraiment produit la vente

3.1 Le problème, en une situation

Quelqu’un voit une image de Pantaï sur un site, ne clique pas. Trois jours plus tard il cherche « housse de couette lin lavé », clique sur une annonce, et achète.

À qui attribue-t-on la vente ?

3.2 Deux modèles à connaître

Le modèleCe qu’il faitSa limite
Dernier clictout le crédit au dernier clic avant l’achatil efface tout ce qui a préparé la vente
Fondé sur les donnéesl’algorithme répartit le crédit entre les points de contactil exige un volume de données important

Trois modèles intermédiaires existent et se citent : premier clic, répartition égale entre les contacts, et pondération croissante vers les contacts récents.

3.3 Ce que ça change, concrètement

En dernier clic, une campagne de découverte paraît toujours mauvaise. Elle intervient au début du parcours, la vente est attribuée à la recherche qui capte l’intention finale, et le tableau de résultats donne envie de couper la campagne de découverte.

C’est le piège qui fait couper les bonnes campagnes. Vous coupez la découverte, et trois mois plus tard la recherche baisse : il n’y avait plus personne pour créer la demande.

3.4 Ce qu’on dit dans un livrable

Le modèle retenu se mentionne, et il se justifie.

Avec de l’historique : « nous retenons l’attribution fondée sur les données, pour ne pas sous-estimer l’apport des campagnes de découverte dans le parcours d’achat. »

Sans historique, ce qui est le cas de Pantaï : « nous retenons le dernier clic en début de campagne, faute de volume suffisant, en sachant qu’il sous-estime les campagnes de haut de parcours. Nous basculerons quand le volume le permettra. »

À retenir. La phrase qui vaut pour tous les modèles. Un modèle d’attribution ne mesure pas la réalité : il choisit une convention pour la lire. Savoir laquelle on a choisie, et ce qu’elle rend invisible, est ce qu’on attend d’un responsable.


4. Du constat à l’action

4.1 Le test A/B, et ce qui le rend valide

Une variable à la fois. C’est la seule règle, et c’est celle qu’on enfreint toujours : on change le titre et la page en même temps, et on ne sait plus ce qui a produit l’effet.

Ce qu’il fautPourquoi
Une hypothèse écrite avantsinon on interprète après coup ce qui s’est produit
Une seule variablesinon on ne saura pas ce qui a agi
Deux semaines, ou mille affichages par varianteen dessous, l’écart n’est que du hasard
Un indicateur de décision choisi avantsinon on choisit celui qui donne raison

Un exemple qui tient : « un titre qui porte le prix produit un meilleur taux de clic qu’un titre qui porte la livraison gratuite. » Variante A à 5,2 %, variante B à 4,1 %. On garde A, et on retient que le prix est un levier plus fort que la livraison pour cette cible.

4.2 La grille de diagnostic

Ce qu’on constateLa cause probableL’actionL’effet attendu
Taux de clic sous 3 %annonces peu attractivesréécrire les titres, ajouter chiffres et appel à l’action+1 à 2 points
Coût par clic en hausseconcurrence, ou note de qualité en baissetravailler la note avant l’enchère−10 à 20 %
Taux de conversion sous 2 %page inadaptéevitesse, lisibilité, appel à l’action visible+0,5 à 1 point
Budget épuisé avant midimauvais lissagecalendrier de diffusion, enchères plus basses le matindiffusion sur la journée
Trop peu d’affichagesmots trop restrictifsélargir la correspondance, monter l’enchère+30 à 50 %
Clics non qualifiésmots trop largesajouter des mots interdits, resserrer la correspondancecoût d’acquisition −15 %
Note de qualité sous 5incohérence entre le mot, l’annonce et la pageretravailler les trois ensemble+2 à 3 points

Les ordres de grandeur de la dernière colonne sont indicatifs, et ils se présentent comme tels. Ce qui compte est la relation entre le constat et l’action, pas la promesse chiffrée.

4.3 Une recommandation qui tient, en cinq temps

C’est le format à retenir, et il vaut bien au-delà de ce module.

  1. Le constat, chiffré
  2. La cause identifiée, pas supposée
  3. L’action concrète
  4. L’effet attendu, en ordre de grandeur
  5. Le délai de mise en œuvre, et qui la porte

Sur Pantaï, ce que ça donne.

Recommandation 1 : corriger la page produit sur mobile. Constat : le taux de conversion sur mobile est de 0,9 % contre 2,4 % sur ordinateur, soit 1,5 point d’écart. Cause : la page met 4,7 secondes à s’afficher sur mobile, contre un objectif de 3 secondes. Action : compresser les images produit, différer le chargement de ce qui n’est pas visible. Effet attendu : taux de conversion mobile en hausse d’environ 1 point, soit un coût d’acquisition global en baisse d’environ 15 %. Délai : une semaine, par le prestataire technique.

4.4 Ce qui ne compte pas

« Il faudrait améliorer les annonces. » « On pourrait augmenter le budget. »

Ce ne sont pas des recommandations : ce sont des intentions. Elles n’ont ni constat, ni cause, ni effet attendu, ni délai, et un jury les identifie immédiatement.


Atelier 2, écrire trois recommandations

En binôme, sur les écarts que vous avez calculés à l’atelier 1.

  1. Choisissez les trois écarts qui méritent une action. Trois, pas cinq.
  2. Pour chacun, écrivez la recommandation en cinq temps.
  3. Ordonnez-les : laquelle en premier, et pourquoi.
  4. Pour celle que vous placez en premier, écrivez la phrase d’ouverture que vous diriez à l’annonceur.

Critères de réussite, annoncés avant de commencer

  • Les trois recommandations portent les cinq temps, aucun manquant
  • Le constat est chiffré, et le chiffre vient de votre tableau d’écarts
  • La cause est identifiée, pas supposée. Si elle est supposée, c’est écrit
  • L’ordre est justifié par le rapport entre l’effet et le coût
  • Aucune recommandation ne consiste à augmenter le budget

Version courte : deux recommandations et le point 3.

Pour ceux qui vont vite : écrivez la recommandation que vous avez écartée, et la raison de l’avoir écartée. Savoir dire ce qu’on ne fait pas est aussi noté.


Trois mots pour la soutenance

Le motCe qu’il désigne
impression sharela part d’impressions, ce que vous captez sur ce que vous pourriez capter
return on ad spendle retour sur dépense publicitaire
attribution modelle modèle d’attribution, la convention de lecture d’une conversion

Synthèse

  1. L’interface affiche une douzaine d’indicateurs. Six décident.
  2. La part d’impressions est le seul qui dise ce que vous ne captez pas.
  3. Le retour sur dépense est le seul qui parle la langue d’un dirigeant.
  4. Un ordre de grandeur sectoriel sert à détecter une anomalie, jamais à fixer un objectif.
  5. Un écart en taux se dit en points. « +0,6 % » au lieu de « +0,6 point » est une faute qui se voit.
  6. Un écart favorable mérite une analyse autant qu’un écart défavorable : c’est ce qu’on va généraliser.
  7. Le coût d’acquisition a-t-il bougé ? Non, c’est du volume. Oui, c’est du rendement.
  8. En dernier clic, une campagne de découverte paraît toujours mauvaise. C’est ce qui fait couper les bonnes campagnes.
  9. Un modèle d’attribution ne mesure pas la réalité : il choisit une convention pour la lire.
  10. Une recommandation tient en cinq temps : constat chiffré, cause, action, effet attendu, délai.

Avant la prochaine séance

Une semaine, et la séance 6 se fait entièrement sur poste, avec un outil d’IA générative.

Rapportez deux choses.

Un. Un prompt que vous avez écrit vous-même, sur n’importe quel sujet, et le résultat qu’il a produit. Le résultat peut être mauvais : c’est même plus utile.

Deux. Vérifiez que vous avez accès à un outil d’IA générative depuis votre poste ou depuis votre téléphone, et que vous savez vous y connecter. Faites-le avant la séance, pas pendant. Une séance de quatre heures dont la première demi-heure passe en connexions est une séance de trois heures et demie.


Sources

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